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Promenade de santé

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il eu le droit de partir en vacances en Guadeloupe malgré son contrôle judiciaire ?

L’ancien président s’est envolé le vendredi 19 décembre pour une semaine aux Antilles. Ce séjour intervient alors qu’il est toujours sous contrôle judiciaire et sous le coup de plusieurs condamnations pénales.

Nicolas Sarkozy, en train de faire un footing sur la plage du Bour-de-Sainte-Anne, en Guadeloupe, le 20 décembre 2025. (DR)
Publié le 22/12/2025 à 13h03, mis à jour le 22/12/2025 à 15h20

Torse nu, les pieds dans le sable… Les images qui circulent depuis ce week-end sur les réseaux sociaux ne sont pas celles d’un remake d’Alerte à Malibu, mais montrent Nicolas Sarkozy en plein footing sur une plage de Guadeloupe, quelques semaines seulement après sa sortie de prison. Arrivé sur le territoire d’outre-mer vendredi 19 décembre, l’ex-chef d’Etat est accompagné de sa femme, sa fille, et d’un agent de sécurité. Ce déplacement, qui suscite de vives réactions des internautes, intervient dans le cadre du contrôle judiciaire auquel Nicolas Sarkozy est actuellement astreint.

Pas de requête auprès de la justice

Condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007, Nicolas Sarkozy est sorti de la Santé à Paris au bout de 21 jours de prison. Le 10 novembre dernier, la cour d’appel de Paris a ordonné la remise en liberté de l’ancien président sous contrôle judiciaire : une mesure qui lui interdit de quitter «le territoire national» ou de contacter certains responsables politiques et judiciaires tel que Gérald Darmanin.

Pour se rendre en Guadeloupe, où il n’était pas allé depuis sa visite officielle en 2009, l’ex-chef d’Etat n’a pas dû bénéficier d’une dérogation particulière, puisque l’archipel ultramarin fait partie du territoire national. Une source proche du dossier indique à Libération que depuis plusieurs années qu’il y est astreint, «Nicolas Sarkozy sait respecter scrupuleusement son contrôle judiciaire». «C’est un non-sujet», fait-elle savoir, précisant que l’ancien président est dans les clous, et «n’a pas formulé de requête spécifique». Le voyage de Nicolas Sarkozy est de l’ordre du privé, c’est-à-dire sans engagements officiels, bien que certains élus locaux aient prévu de le rencontrer de manière informelle dans les jours à venir.

«Pas de vindicte de la justice»

«Cela montre que son contrôle judiciaire est assez large», estime Ludovic Friat, président de l’Union Syndicale des Magistrats, principale organisation de la profession, qui se revendique apolitique. En réaction à la polémique suscitée par le séjour de l’ancien président, le magistrat élude : «L’appréciation qu’on peut faire de cette décision, à savoir si c’est à la tête du client, ce serait une appréciation politique plus que juridique». Il en profite pour rappeler l’indépendance de la magistrature, régulièrement attaquée par les partisans de Nicolas Sarkozy. «Ce que je peux dire c’est que ça montre que Nicolas Sarkozy ne fait pas l’objet d’une quelconque vindicte ou vengeance de la justice contrairement à ce qui a pu être dit».

Pour passer Noël au soleil, l’ancien président a notamment pu compter sur les hasards du calendrier, éloignant les échéances des autres procédures judiciaires dont il fait l’objet. La dérogation au contrôle judiciaire de l’ancien président s’applique spécifiquement à l’affaire des financements libyens de sa campagne de 2007, alors que son procès en appel doit se tenir le 16 mars prochain. Pas d’influence non plus de l’éventuel procès requis mardi 16 décembre par le Parquet national financier contre Nicolas Sarkozy, sa femme Carla Bruni, et leur amie de longue date et papesse de la presse people Mimi Marchand.

L’ancien président n’est pas non plus sous surveillance électronique : le bracelet dont il a écopé suite à sa condamnation en 2021 dans l’affaire Bismuth lui a été retiré le 14 mai, après trois mois et sept jours de peine, dans le cadre de sa libération conditionnelle. Ce régime lui impose tout de même de demander l’autorisation du juge d’application des peines pour «tout déplacement de plus de quinze jours ou pour tout voyage à l’étranger», et ce pendant au moins huit mois, durée correspondant à la partie de sa peine restant à purger au moment de sa libération.

Par ailleurs, son pourvoi en cassation dans une autre procédure, celle de l’affaire Bygmalion a été rejeté le 26 novembre dernier, rendant définitive sa condamnation à un an d’emprisonnement pour des irrégularités dans les comptes de campagne de 2012. Les modalités de l’aménagement de cette peine ne sont pas encore connues, ni entrées en vigueur ; ce qui pourrait expliquer pourquoi Nicolas Sarkozy a pu se déplacer dans le territoire d’outre-mer. «Le contrôle judiciaire s’apprécie au vu du dossier en question et de la personnalité de l’individu, on ne peut pas tirer des conséquences d’autres dossiers en cours», précise notamment Ludovic Friat.

Mise à jour à 15 h 15, avec l’information selon laquelle Nicolas Sarkozy n’a pas demandé d’autorisation spécifique.

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