Sauver des vies a tenu cette nuit-là à une succession de décisions, héroïques ou anodines. Héroïque, comme pousser les portes du Bataclan sans savoir s’il «les franchirait vivant dans l’autre sens». Anodine, comme choisir de descendre à toute berzingue le boulevard Barbès, l’artère qui semblait la moins embouteillée, pour rejoindre à temps la salle de concert : «Un vendredi, à cette heure de la soirée, on aurait pu rester bloqués dans les bouchons, et c’en était fini de notre action.»
Décider, mais surtout décider seul, c’est ce qu’il y a de plus vertigineux dans l’intervention du commissaire qui dirigeait la BAC nuit de Paris le 13 novembre 2015. Outre engager la vie de ses collègues – en particulier de son chauffeur, entré avec lui à l’intérieur du Bataclan –, il lui a fallu déconstruire le métier de policier, régi par des procédures formelles à souhait. «Ma conception du métier est simple, c’est celui qui est sur le terrain qui décide. Ce n’est pas un opérateur radio.» Cette nuit-là, l’instinct qui l’a guidé fut monumental.
«Pluie de confettis»
A 18 heures, lorsqu’il prend son poste, Paris est agité comme une veille de week-end. Les ondes égrainent les turpitudes du quotidien, puis plongent mot à mot vers l’horreur. «Explosion au Stade de France», «fusillade rue de la Fontaine-au-roi», où aller ? «A un moment, je n’avais plus aucun discernement, lâche-t-il. Puis les choses ont fait qu’on a opté pour le Bataclan.»
La voiture fonce, freine. Le commissaire




