Ce sont des mots qui bousculent. «J’aurais aimé être mort», dit Bley Bilal (1). «Pardon, c’est difficile à dire pour les vrais blessés, mais j’aurais presque aimé prendre un boulon. Mon corps n’a pas été blessé. La seule façon que j’ai eu de le marquer, c’est de me faire un petit tatouage», confie Philippe. Ce mardi, la cour d’assises spécialement composée a entamé les auditions des parties civiles, ces rescapés, parents, conjoints ou enfants endeuillés du 13 novembre 2015, qui défileront à la barre par dizaines dans les cinq prochaines semaines. Pour cette première journée, les magistrats professionnels ont entendu ceux qui étaient ce soir-là aux abords du Stade de France, où se jouait le match France-Allemagne.
Des gendarmes de la garde républicaine réquisitionnés comme d’ordinaire, des agents de sécurité privée, une journaliste pigiste, des badauds… Tous campent la souffrance et la colère sourde de ceux qui n’ont pas été assez blessés pour intéresser les médias ou tout simplement faire partie de l’histoire. Et pourtant, ils se sont vus mourir, ont été blessés par des écrous ou soufflés par «l’onde de choc» générée par le déclenchement des gilets explosifs des trois kamikazes. «Aujourd’hui, on se retrouve à se regarder entre victimes avec inquiétude. Pourquoi ?




