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Procès du RN : le président du tribunal de Paris met en garde contre une éventuelle «ingérence» américaine

Lors d’un discours ce lundi, Peimane Ghaleh-Marzban a rappelé que des magistrats qui ont traité le dossier pénal du RN avaient reçu des menaces de sanctions américaines, un comportement «intolérable» selon lui.

Palais de Justice de Paris, jour du jugement de Marine Le Pen, le 31 mars 2025. (Denis Allard/Libération)
Publié le 06/01/2026 à 18h38

Le président du tribunal judiciaire de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban, a mis en garde mardi 6 janvier contre une éventuelle «ingérence inacceptable et intolérable» après des menaces de sanctions américaines contre des magistrats qui ont traité le dossier pénal du RN, telles que rapportées par la presse. Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, l’administration Trump aurait envisagé des sanctions contre les juges du tribunal correctionnel de Paris ayant condamné Marine Le Pen en mars.

«Si de tels faits étaient avérés ou devaient se réaliser, ils constitueraient une ingérence inacceptable et intolérable dans les affaires internes de notre pays qui devrait provoquer la réprobation des pouvoirs publics», a prévenu le président du tribunal judiciaire de Paris lors d’un discours à l’occasion de l’installation de nouveaux magistrats. Des propos étayés par l’exemple du magistrat français de la Cour pénale internationale (CPI) Nicolas Guillou, chargé entre autres du mandat d’arrêt visant le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, et visé depuis août par des sanctions américaines. Les Etats-Unis en sont donc capables, et Peimane Ghaleh-Marzban a ainsi appelé à «nous élever contre la possibilité même que cela puisse être imaginé».

Reconnue coupable, en première instance, de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national, la triple candidate présidentielle est depuis sous le coup d’une peine d’inéligibilité immédiate, qui compromet ses chances de concourir une quatrième fois en 2027. Une sentence que Donald Trump lui-même avait critiquée dans la foulée du verdict, appelant à la «libération» d’une Marine Le Pen victime selon lui d’une «chasse aux sorcières».

La cheffe de file de l’extrême droite française, ainsi que le Rassemblement national en tant que personne morale et onze autres prévenus doivent désormais être jugés par la cour d’appel de Paris à partir de mardi 13 janvier, soupçonnés d’avoir détourné l’argent du Parlement européen au seul profit du parti.

Faire taire la rumeur

Moins de quarante-huit heures plus tard, l’information du Spiegel a pris des airs d’affaire diplomatique. De part et d’autre de l’Atlantique, des ministres ont dû monter au créneau pour faire taire cette rumeur. «Rien de très tangible» ne vient corroborer une volonté d’ingérence sur la Cour d’appel, a tempéré jeudi 8 janvier au matin le plus haut procureur de France, Rémy Heitz. Désavouant son collègue du tribunal judiciaire, le magistrat de la Cour de cassation a en effet relevé qu’«à ce stade, il n’y a que des bruits de presse».

Ces «spéculations» sont fondées sur «des propos rapportés [et] anonymes», a renchéri au même moment la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, soulignant que ces «soupçons d’ingérence qui viendraient des Etats-Unis […] ne sont pas avérés». Côté américain, la sous-secrétaire d’Etat Sarah B. Rogers a pour sa part tenu à «contrer la ”désinformation” étrangère» en assénant sur X que cette «prétendue fuite est fausse et périmée».

Une tonalité proche de celle du RN, qui a dénoncé mercredi 7 janvier «un ragot colporté par un média hostile», amplifié par la déclaration de Peimane Ghaleh-Marzban qui résonne «comme l’accréditation d’une fake news» pouvant «apparaître comme une pression inadmissible sur les magistrats d’appel». Fait rare, le parti à la flamme a reçu l’appui indirect du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, pour qui l’institution judiciaire «prend une responsabilité politique qui n’est pas de son ressort» en évoquant «sans preuve» la «menace d’une ingérence trumpiste pour soutenir Marine Le Pen».

De quoi renvoyer un peu plus la pression sur la cour d’appel, où cinq semaines d’audience sont programmées jusqu’au 12 février. Le suspense durera encore plusieurs mois, jusqu’à la décision, attendue cet été.

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