C’est une saisie «inédite» sur le territoire français à l’échelle de la gendarmerie nationale. Trois hommes ont comparu lundi 26 janvier devant le tribunal d’Albertville, soupçonné d’avoir organisé un vaste trafic de protoxyde d’azote, ou «gaz hilarant», en plein cœur de la station de ski Arc 1800, en Savoie, a appris Libération auprès de la direction générale de la gendarmerie nationale. Les trois suspects, de nationalité maltaise, ont demandé un délai afin de préparer leur défense et seront jugés le 23 février en renvoi de comparution immédiate. Ils ont été placés en détention provisoire.
Témoignages
L’enquête démarre le 19 janvier, quand pas moins de 13 palettes de protoxyde d’azote sont retrouvées dans des box loués par une société située dans une zone artisanale de Bourg-Saint-Maurice (Savoie), en contrebas de la station de ski.
Après l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet d’Albertville, les investigations des brigades, territoriale et de recherche, mènent vers le «déchargement suspect d’un poids lourd aux abords de la société ainsi que l’implication de trois véhicules de location». Les gendarmes repèrent les mêmes véhicules à la station de ski Arc 1 800 et suspectent alors un trafic depuis la vallée.
Dans le même temps, une autre brigade de gendarmerie, intervenue pour un tapage nocturne dans un logement de la station d’Arc 1800, signale la présence de bouteilles de protoxyde d’azote ainsi que d’«individus consommateurs».
Rapidement, le lien est fait avec les 13 palettes de Bourg-Saint-Maurice et, le 21 janvier, trois hommes sont placés en garde à vue. Des perquisitions dans les voitures, aux domiciles des trois suspects et dans le box, ont finalement permis de découvrir 6 325 bouteilles de protoxyde d’azote, identiques à celles consommées dans l’appartement d’Arc 1 800. Selon la gendarmerie nationale, la valeur marchande du lot est estimée à 340 000 euros.
Trafics récents
Cette saisie est d’autant plus importante que les trafics de bouteilles de protoxydes d’azote sont relativement récents, selon la gendarmerie. La plupart de la consommation se faisait jusqu’à récemment de manière détournée, en achetant des produits légaux normalement destinés à un usage professionnel ou ménager, en médecine et en cuisine. En milieu de semaine dernière, plus de 3 000 bouteilles de protoxyde d’azote ont été saisies par les douanes dans un camion qui venait d’Italie et se dirigeait vers le nord de la France, selon BFMTV.
Décryptage
Mi-décembre, le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a annoncé qu’il souhaitait que le protoxyde d’azote «soit vu comme de la drogue». La vente de cette substance, surnommée «gaz hilarant», est en théorie interdite aux mineurs et dans certains lieux depuis 2021. Mais sauf arrêtés locaux, elle reste légale. Le produit a notamment pour effet secondaire la perte de contrôle de ses consommateurs et est à l’origine de plusieurs faits divers ces derniers mois. Gérald Darmanin s’est d’ailleurs déclaré favorable à l’interdiction de consommation du protoxyde d’azote au volant et à la saisie du véhicule en cas de découverte de cette substance dans l’habitacle.




