Le sondage avait fait grand bruit. Quatre associations du culte musulman ont porté plainte pour dénoncer le manque d’objectivité supposé d’une étude Ifop, ont annoncé ce lundi 24 novembre leurs avocats. Intitulée «état des lieux du rapport à l’islam et à l’islamisme des musulmans de France» et publiée le 18 novembre, cette dernière se concentre sur le rapport des fidèles à l’islam en France. Dans le détail, les Conseils départementaux du culte musulman (CDCM) du Loiret, de l’Aube, des Bouches-du-Rhône et de Seine-et-Marne ont déposé plainte contre X auprès du tribunal judiciaire de Paris.
Les CDCM sont des associations locales, n’ayant pas de lien organique avec le Conseil français du culte musulman (CFCM), ex-instance de représentation de l’islam auprès des pouvoirs publics, tombée en disgrâce en 2021. Selon leurs avocats, Mes Raphaël Kempf et Romain Ruiz, le sondage «viole le principe d’objectivité posé par la loi du 19 juillet 1977 relative à la publication et la diffusion des sondages d’opinion», se «fonde sur des questions orientées» et se «focalise sur des résultats minoritaires mis en avant à des fins polémiques». Les deux conseils accusent également le sondage distiller «le poison de la haine dans l’espace public» et de renforcer «les amalgames».
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Déjà vendredi, le CFCM avait déploré dans un communiqué «une nouvelle mise à l’index des citoyens français de confession musulmane et de leurs pratiques religieuses», avec des analyses et données «contestables». L’enquête Ifop, basée sur un échantillon de 1 005 personnes de religion musulmane, a été commandée par le média confidentiel Ecran de veille, qui se présente comme «le mensuel pour résister aux fanatismes».
«Stigmatisation» v.s. «islamisation»
L’attention médiatique et politique s’est beaucoup focalisée sur le sous-échantillon des 15-24 ans, constitué de 291 personnes et révélant une forte pratique – 87 % se considèrent religieux, 67 % disent prier «au moins une fois par jour», 83 % font le ramadan. François Kraus, le directeur du pôle politique-actualités de l’Ifop, écrit dans sa conclusion sur le site de l’Ifop que «cette enquête dessine très nettement le portrait d’une population musulmane traversée par un processus de réislamisation, structurée autour de normes religieuses rigoristes et tentée de plus en plus par un projet politique islamiste».
Le sondage a provoqué de vives réactions, l’extrême droite y voyant un signe d’«islamisation», tandis que des représentants de la communauté musulmane ont regretté «une stigmatisation». «A mal poser les questions, on finit toujours par fabriquer les peurs qu’on prétend mesurer», affirmait dans son billet hebdomadaire le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz.
Le politiste Haouès Seniguer qualifie pour sa part de raccourci «grossier et réducteur» l’idée, sous-jacente selon lui de ce sondage, qu’une observance stricte de l’islam soit la porte d’entrée mécanique vers l’islamisme. Contacté par l’AFP par téléphone, François Kraus a indiqué à nos confrères qu’il répondrait par écrit, ce qu’il n’avait pas fait dans l’après-midi ce lundi.




