Menu
Libération
Justice

«Qu’un tel drame ne puisse plus jamais se produire» : l’école de voile des Glénans mise en examen six ans après la mort d’un élève

En 2019, Stanislas Renard, 18 ans, était tué par l’hélice d’un bateau venu le récupérer après un stage de kitesurf. L’école est mise en examen le 27 octobre pour «homicide involontaire».

L'île de Penfret dans le Finistère, où Stanislas Renard a été tué par l'hélice d'un semi-rigide lors d'un stage de kitesurf. (Benoit Stichelbaut/Hemis. AFP)
Publié le 24/11/2025 à 16h38

Un coup de roulis, un bateau au moteur très puissant, une commande de gaz très sensible et un adolescent qui revient à ses parents dans un cercueil. L’école de voile des Glénans a été mise en examen pour homicide involontaire dans l’enquête sur la mort d’un jeune homme, happé par l’hélice d’un bateau en 2019 lors d’un stage de kitesurf, a-t-on appris ce lundi 24 novembre de sources concordantes.

L’association les Glénans, connue comme l’une des plus grandes écoles de voile d’Europe, a confirmé sa mise en examen datant du 27 octobre. Elle a néanmoins précisé qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer sur le sujet «tant que l’instruction n’est pas close». Fondée en 1947, l’école basée en Bretagne, en Corse et dans l’Hérault accueille chaque année plus de 15 000 moniteurs et stagiaires par an.

Les faits reprochés remontent au printemps 2019. Le 28 avril, Stanislas Renard, 18 ans, participe à un stage de kitesurf proposé par l’école sur l’archipel des Glénan (Finistère). Passionné de sports nautiques, le jeune homme originaire de région parisienne n’en est pas à son coup d’essai : «Il adorait les Glénan où il avait déjà fait six ou sept stages. C’était son deuxième stage de kitesurf», racontaient ses parents au Télégramme le 31 octobre.

Mais lorsqu’un bateau piloté par un moniteur stagiaire vient le récupérer à la fin de la journée, non loin de l’île de Penfret, l’adolescent est happé par l’hélice. Très grièvement blessé par les pales, il est ramené sur l’île ; il est déclaré mort trois heures plus tard par un médecin héliporté.

«Des années d’inertie»

Un tragique accident dû à une réaction en chaîne : déséquilibrée par un coup de roulis, la passagère de l’embarcation aurait heurté la manette des gaz, propulsant le semi-rigide dans la direction du kitesurfeur. Il est notamment reproché à l’école des Glénans d’avoir donné des responsabilités trop grandes à un moniteur stagiaire au regard de sa formation et de l’avoir laissé piloter un bateau avec une motorisation très puissante et une commande de gaz très sensible et non protégée. Un rapport du Bureau d’enquêtes sur les événements de mer, (BEA Mer) publié en septembre 2019, avait déjà fait état d’une série de dysfonctionnements à l’origine de l’accident.

«Les parents de Stanislas sont satisfaits que ce dossier avance enfin, et dans la bonne direction, après des années d’inertie», a réagi auprès de l’AFP Me Dylan Slama, avocat de la famille de la victime. «C’est une étape importante vers la reconnaissance officielle de manquements graves aux règles de sécurité», a-t-il estimé, soulignant que ses clients souhaitaient que «les responsabilités soient établies, non pas par esprit de vengeance mais par souci de la vérité et dans l’espoir qu’un tel drame ne puisse plus jamais se produire».

«C’est un homicide involontaire et pas un accident. Une jurisprudence dit que, quand des organismes s’occupent d’enfants, les enfants ne doivent pas revenir dans un cercueil. Nous avons l’impression d’être les oubliés du système», déclaraient Frédérique et François Renard au Télégramme fin octobre, après six ans et demi sans avancée notable dans la procédure.

Quatre personnes physiques sont également mises en examen dans cette affaire, selon une source proche du dossier. Contacté par l’AFP, le parquet de Quimper n’a pas donné suite.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique