«La honte de la République», titrait Libé en 2016 à propos de l’état des écoles marseillaises, dénonçant des classes saturées, des bâtiments insalubres ou encore un manque de matériel. Leur rénovation s’est depuis imposée comme un point central du plan Marseille en grand, lancé en 2021 par Emmanuel Macron pour aider la deuxième ville de France à rattraper ses retards historiques.
Mais selon un article du média d’investigation en ligne Blast publié lundi 2 février, l’ex-préfet des Bouches-du-Rhône, Georges-François Leclerc, a saisi la justice sur des soupçons de mauvaise gestion des chantiers du plan écoles à Marseille. Il l’a fait au titre de l’article 40, pour des faits «constitutifs d’infractions à la loi pénale et notamment de délits de favoritisme».
Le parquet de Marseille confirme l’ouverture d’une enquête préliminaire à la suite de ce signalement. Le maire de gauche Benoît Payan réclame pour sa part que «toute la lumière soit faite» sur ces accusations.
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L’école Saint-André de la Castellane, située dans les quartiers nord, serait notamment dans le viseur. Sa reconstruction a pris du retard en raison d’un litige avec la société italienne Percassi, à qui le marché avait été confié. L’entreprise est finalement remerciée en 2025, ce qui oblige les autorités à trouver une alternative pour que les élèves puissent effectuer leur rentrée.
Selon Blast, la société publique des écoles marseillaises (SPEM), codirigée par l’Etat et la Ville et en charge du plan de rénovation et reconstruction des écoles publiques, décide de remédier au problème en rachetant des préfabriqués. Elle est aujourd’hui accusée de ne pas avoir respecté le cadre législatif pour l’acquisition des nouveaux bâtiments modulaires, d’après le média.
«Préserver l’intégrité d’un projet présidentiel»
Interrogé par l’AFP, l’entourage de Macron estime que l’ex-préfet, actuel directeur de cabinet du président de la République, «a fait ce qu’il devait faire dans les fonctions qui étaient les siennes pour préserver l’intégrité d’un projet présidentiel».
De son côté, la Ville de Marseille affirme dans un communiqué avoir «pris connaissance par voie de presse» de ce signalement et «le maire de Marseille s’étonne que son co-actionnaire, le préfet de l’époque, n’ait pas informé l’ensemble du Conseil d’administration et des actionnaires du signalement dont il était destinataire».
Benoît Payan, maire et candidat à sa succession aux municipales de mars, a donc lui-même signalé l’article de Blast au procureur de la République «pour que toute la lumière soit faite sur les faits rapportés».
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Ces révélations, en pleine campagne, n’ont pas manqué de faire réagir. Le candidat LFI Sébastien Delogu estime que «les faits dénoncés sont graves» : il intime Benoît Payan de «s’expliquer». Pour son homologue RN Franck Allisio, ces accusations rappellent «les heures sombres du Guérinisme», en référence à l’ex-président socialiste des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, définitivement condamné en 2024 pour une affaire de marchés publics truqués. Le camp de Martine Vassal (divers droite) se demande lui si Benoît Payan ne doit pas se «retirer».
Sur l’enveloppe totale de 1,5 milliard d’euros du plan, 400 millions ont été injectés par l’État pour la réhabilitation ou reconstruction de 188 établissements sur les 470 d’ici 10 ans. Depuis, ce sont «27 écoles» qui sont sorties de terre, «une prouesse» en dépit des couacs juridiques, s’était félicité en septembre le maire, qui a fait de ce sujet une priorité de son mandat.




