D’une simple affaire de recel de clé USB à la découverte d’un projet d’attentat. A deux jours des commémorations des attentats du 13 novembre 2015, l’ex-compagne du terroriste Salah Abdeslam, Maëva B., a été doublement mise en examen lundi 10 novembre dans le cadre d’enquêtes distinctes judiciairement, mais en réalité liées entre elles. Libé fait le point sur ce qu’il faut retenir des derniers développements.
L’affaire de la clé USB
Le volet clé USB apparaît comme le point de départ des deux affaires. Tout commence le 17 janvier 2025. Ce jour-là, l’administration pénitentiaire de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), où est incarcéré Salah Abdeslam, signale au Parquet national antiterroriste (Pnat) la découverte, deux jours plus tôt, «de traces de connexions de quatre clés USB entre décembre 2024 et janvier 2025 sur l’ordinateur légalement détenu par Salah Abdeslam» en détention. Chose interdite pour les détenus.
Les analyses de l’ordinateur révèlent des documents numériques qui, pour la plupart, «ont trait à la propagande officielle d’organisations terroristes, État islamique ou Al-Qaïda», souligne le Pnat. Les investigations suggèrent également de potentiels transferts de fichiers vidéos, audios ainsi que d’images en lien avec la propagande jihadiste.
Des investigations sont immédiatement lancées. Pas de trace d’une quelconque clé USB dans la cellule d’Abdeslam. Les recherches conduisent assez rapidement «à plusieurs auditions réalisées en Belgique […] et à l’identification» de Maëva B.. A l’époque, cette femme est encore la compagne d’Abdeslam, et bénéficiait à ce titre «d’un permis de visite» du membre des commandos du 13 novembre, détaille le parquet spécialisé. Elle figure parmi la poignée de personnes autorisées à venir au parloir.
D’après des informations du Parisien, Maëva B. est originaire du Tarn-et-Garonne, est convertie à l’islam, et aurait «entamé une correspondance écrite» avec Abdeslam à partir de 2018. Elle est décrite par les services de renseignements comme «proche de la mouvance radicale». Selon le Parquet national antiterroriste, elle présenterait une «radicalisation certaine et une fascination pour le jihad». Mais, «depuis avril» de cette année, elle «était séparée» d’Abdeslam et «n’entretenait plus de relations» avec lui, toujours d’après le Pnat.
Le 4 novembre, les deux ont été placés en garde à vue par les policiers de la sous-direction anti-terroriste (Sdat). Questionnée par les enquêteurs, Maëva B. reconnaît les faits, à savoir l’achat d’une clé USB, y avoir mis des contenus de propagande djihadiste et l’avoir remise à Abdeslam lors d’une de leurs entrevues.
Le projet d’attentat
A partir de là, l’affaire prend une autre tournure. Dans de nouveaux éléments évoqués lundi, le parquet antiterrosiste explique la découverte, dans l’analyse des contenus présents dans la clé USB, de «plusieurs discussions ou recherches relatives à l’élaboration d’un projet distinct d’action violente, sans lien avec Salah Abdeslam».
Maëva B. est alors placée en garde à vue pendant six jours. Une durée exceptionnelle, rendue possible seulement en cas de péril d’attentat imminent ou pour les nécessités de la coopération internationale. Lors de sa garde à vue, la jeune femme a déclaré avoir été un temps hébergée par la famille du terroriste en Belgique, avant de couper tout contact avec son compagnon. Elle aurait épousé ensuite religieusement Lounis S., rencontré sur les réseaux sociaux il y a deux mois.
A la suite de ces découvertes, «une mineure de 17 ans» et «un homme de 20 ans, nouvel époux religieux (de Maëva B.)», interpellés dans l’Hérault et en Isère, ont été à leur tour placés en garde à vue, le 7 novembre. Auprès du Parisien, le frère de Lounis S. raconte que ce dernier échangeait avec Maëva B. «sur les réseaux, et par visioconférence», et assure qu’ils ne se sont jamais vus dans la vraie vie, et accuse l’ex-copine d’Abdeslam d’avoir «tourné la tête de (s) on frère».
Où en sont les procédures ?
Pour l’heure, le parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert deux informations judiciaires décorrélées l’une de l’autre. Dans le dossier de la clé USB, Maëva B. a été mise en examen pour recel d’objet illicite remis à un détenu et placée sous contrôle judiciaire, selon une source judiciaire citée par l’AFP. Dans celui sur le projet d’attentat, elle fait partie des trois personnes mises en examen lundi soir pour «association de malfaiteurs terroriste criminelle» et incarcérées, rapporte une source judiciaire.
Quant à Salah Abdeslam, il a été placé deux fois en garde à vue puis relâché et réintégré en détention, mardi et vendredi. Le parquet national antiterroriste a requis sa «mise en examen ultérieure».
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Condamné à la perpétuité incompressible et incarcéré à la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) pour sa participation aux attentats du 13 Novembre, Salah Abdeslam est «un individu qui demeure radicalisé et convaincu de l’idéologie mortifère», a dit lundi au micro de RTL Céline Berthon, la directrice générale de la sécurité intérieure. Céline Berthon a toutefois affirmé que le terroriste de 36 ans, «n’était pas mis en cause dans un projet d’attentat». Il «n’est en aucune manière soupçonné par la justice d’être impliqué de près ou de loin dans un quelconque projet criminel», ont abondé ses avocats.
En cette semaine de commémoration des dix ans des attentats du 13 Novembre, qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, et des centaines de blessés, Céline Berthon a affirmé qu’il n’y avait «pas de menace concrète identifiée pour le 13 novembre». Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a toutefois demandé le renforcement de la protection des lieux sensibles.
Mis à jour à 11 h 15, avec les derniers développements concernant les deux affaires.




