La communauté éducative est «sous le choc». Une professeure de collège a été poignardée en pleine classe mardi dans un collège de Sanary-sur-Mer (Var). L’agresseur, âgé de 14 ans, a été interpellé dans la foulée. Libé fait le point sur ce que l’on sait ce mercredi 4 février de cette nouvelle grave atteinte à un enseignant au sein d’un établissement scolaire.
Les faits
Les faits se sont déroulés vers 14 h 20 dans cette station balnéaire au bord de la Méditerranée. Dans le collège La Guicharde, l’enseignante en arts plastiques, âgée de 60 ans, donnait cours à des élèves de 3e. Elle a alors reçu trois coups de couteau «de type opinel» à l’abdomen et un à l’avant-bras gauche. Ils ont été portés par un élève de 14 ans.
«Ça s’est passé au moment de la remise des copies, les élèves ont vu l’enseignante souffrir», d’après Habiba Hamames, présidente de la FCPE (parents d’élèves) du Var. 22 élèves – dont l’assaillant – étaient alors en classe, d’après le parquet de Toulon. «Au moins une partie de ces élèves ont assisté à la scène» au moment de l’intercours, a indiqué le procureur de la République de Toulon.
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L’élève a été ensuite «appréhendé dans la cour de récréation par un personnel de l’établissement» puis placé en garde à vue pour tentative d’assassinat, précise Raphaël Balland dans un communiqué. Le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray, venu au collège dans la soirée, a salué «l’extraordinaire sang-froid» des équipes. Il a aussi évoqué «un acte isolé dans un établissement plutôt regardé comme un établissement exemplaire en termes de climat scolaire».
L’état de la victime
La victime a été transportée entre la vie et la mort à l’hôpital militaire Sainte-Anne de Toulon, pour subir en urgence une intervention chirurgicale. Selon le parquet ce mercredi, «son état de santé est toujours préoccupant». La veille, le ministre avait indiqué que la professeur était sortie du bloc opératoire en expliquant : «Il faut être très prudent mais elle est ce soir dans un état stable.»
L’enquête
Le geste de l’agresseur n’aurait «aucune connotation religieuse ou politique», a déclaré mardi après-midi le procureur de Toulon lors d’un point presse. Ce mercredi, Raphaël Balland explique dans un nouveau communiqué qu’une fois en garde à vue, l’élève a «immédiatement reconnu» un acte prémédité : «Il a affirmé aux enquêteurs que le matin des faits, il avait pris le couteau dans la cuisine de son domicile avec l’intention de poignarder sa professeure».
Le mineur, qui reconnaît les faits, a notamment déclaré qu’il avait «trop de haine». Selon les premiers éléments de l’enquête, il reprochait à son enseignante d’avoir rédigé plusieurs rapports d’incidents le concernant sur l’application de vie scolaire Pronote. «Il estimait que c’était injuste», relate le procureur.
Toujours selon le parquet, l’élève avait déjà projeté d’agresser sa professeure au couteau «la semaine précédente». Il avait même apporté l’objet au collège avant de se raviser, par peur. Et le procureur de préciser que plusieurs armes blanches ont été retrouvées dans la chambre du mis en cause. Il trouvait ça «stylé».
Le profil du suspect
Les enquêteurs vont aussi étudier le profil du jeune agresseur. En garde à vue, il a affirmé beaucoup regretter son geste en expliquant avoir ressenti «une grosse haine» envers lui directement après les faits. Il a également «pleuré toutes les larmes de son corps» en se portant des coups à lui-même, détaille Raphaël Balland.
Le ministre de l’Education avait déclaré mardi que l’adolescent avait un «cadre familial compliqué». Selon le procureur, «un signalement avait été effectué en mars» par le collège à la suite «de suspicions de violences commises par les parents» sur sa jeune sœur. Mais l’élève a confirmé en garde à vue «n’avoir jamais été victime de violences de la part de ses parents».
En septembre, un juge des enfants «ordonnait […] une mesure d’assistance éducative» pour les deux enfants. Ce mercredi, le ministre de l’Intérieur a expliqué qu’un rendez-vous avez la protection judiciaire de la jeunesse devait avoir lieu jeudi, dans le cadre de cette mesure. A la place, le mineur sera déféré. Le parquet compte requérir l’ouverture d’une information judiciaire pour «tentative d’assassinat», et demander son placement en détention provisoire. L’adolescent encourrait une peine de vingt ans réclusion criminelle.
Les réactions
«Ce que dit le drame de ce soir qui en suit d’autres […] c’est qu’il y a aussi un enjeu social et sociétal : il faut que l’on aboutisse collectivement à une forme de désescalade de la violence», a déclaré le ministre Edouard Geffray.
«Comment éviter ce genre de drame ? Il faut mettre plus de moyens humains notamment pour le contrôle des sacs. C’est un collège d’une petite ville… on n’est pas à l’abri de ce type d’acte dans n’importe quel établissement», s’est ému Dominique Queyroulet, représentant du Snes-FSU dans le Var.
Au-delà de «l’effroi», «il y a aussi une forme de ras-le-bol parce qu’il y a quand même une série d’agressions sur des personnels qui ne font que leur métier et qui se trouvent agressés», a souligné Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat, le premier pour les collèges et lycées. Et pour elle au-delà «des réponses uniquement sécuritaires», il y a «la nécessité d’une politique éducative ambitieuse».
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Le ministre a rappelé qu’entre mars et décembre, 12 000 contrôles aux abords des établissements ont permis la découverte de 525 armes blanches. Mais «l’interception du couteau ne fait pas l’interception du criminel», a-t-il admis.
Les cours au collègue La Guicharde sont suspendus ce mercredi matin mais un accueil sera assuré avec une cellule psychologique pour les adultes et une pour les enfants. Ils devraient reprendre jeudi avec le maintien des dispositifs d’aide.
Les précédents
Ces derniers mois, une série d’agressions au couteau ont secoué la communauté éducative : en septembre, une enseignante avait été agressée dans un collège de Benfeld (Bas-Rhin). A Antibes, un ancien élève avait blessé au couteau un élève ainsi qu’une professeure dans un lycée horticole.
Billet
En juin, une surveillante avait été tuée à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans lors d’une fouille de sac par des policiers. En avril un lycéen a tué une adolescente de 15 ans à Nantes.
Et beaucoup de professeurs disent avoir toujours en tête Samuel Paty, l’enseignant d’histoire-géographie décapité en octobre 2020 par un jeune homme radicalisé, après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves. Le procès en appel se tient actuellement à Paris.




