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Agression

Sanary-sur-Mer : une prof de collège grièvement blessée après avoir été poignardée par un élève, «aucune connotation religieuse ou politique à ce stade»

Une enseignante d’arts plastiques a été attaquée ce mardi 3 février «en pleine classe». Son pronostic vital est engagé, selon le procureur de Toulon.

Intervention des secouristes au collège la Guicharde à Sanary-sur-Mer, près de Toulon, le 3 février 2026. (Manon Cruz/REUTERS)
ParLéonard Cassette
Mathilde Frénois
correspondante à Nice
Publié le 03/02/2026 à 15h47, mis à jour le 03/02/2026 à 20h09

«Elle était allongée avec plein de sang autour d’elle. Tout le monde courait dans les couloirs.» Comme Emma (prénom d’emprunt), en 6e à Sanary-sur-Mer, dans le Var, élèves et enseignants du collège de la Guicharde étaient sous le choc, ce mardi 3 février, après la violente agression d’une professeure. Dans l’après-midi, la victime de 60 ans a été poignardée «en pleine classe» par l’un de ses élèves.

L’adolescent de 14 ans mis en cause, scolarisé en 3e, lui a donné «trois ou quatre coups d’un couteau de type Opinel» aux alentours de 14 heures. Il a été placé en garde à vue pour «tentative d’assassinat». La professeure d’arts plastiques, atteinte trois fois à l’abdomen et une fois à l’avant-bras, a été transférée à l’hôpital Sainte-Anne de Toulon, où elle subissait ce mardi soir une intervention chirurgicale. «Son pronostic vital est toujours engagé», indiquait dans la soirée le procureur de Toulon, Raphaël Balland. Selon lui, l’agression n’a «aucune connotation religieuse ou politique à ce stade». Les faits seraient liés à des «tensions» entre le mis en cause et la victime. «Il lui en voulait, a priori, d’avoir fait des rapports à son encontre», a expliqué le magistrat lors d’un point presse organisé en milieu d’après-midi au sein de l’établissement, qui a précisé : «Il avait visiblement des problématiques familiales, mais il n’était pas connu pour avoir commis le moindre fait de violences.» Une enquête avait notamment été menée l’an dernier après des «suspicions de violences commises par les parents au préjudice de la jeune sœur du mis en cause», mais rien n’en était ressorti.

Un collège «réputé pour sa quiétude»

«Tout le monde courait dans les couloirs», raconte Emma à Libération, avant d’évoquer sa «peur qu’il se repointe, ou ses copains», et sa «tristesse». «J’ai vraiment peur d’y retourner.» Sa sœur aînée, Lila (prénom d’emprunt), 13 ans, est aussi sous le choc. Ses amis lui ont raconté que l’élève serait ensuite parti dans les toilettes. «Il disait qu’il n’avait pas fait exprès, qu’il ne voulait pas. C’est ce qu’on m’a rapporté. Il tapait contre la porte des toilettes. Il s’arrachait les cheveux.»

Une professeure d’EPS du collège ayant l’agresseur en cours depuis l’an dernier a évoqué «un élève perturbateur», sans «manifester forcément de la violence» lors d’une interview accordée à BFM TV. «Je sais qu’il était quelques fois exclu de cours, mais de là à agir comme ça et de manière apparemment préméditée…».

Les élèves ont été confinés dans le collège, avant d’en sortir par vagues. Selon le rectorat de Nice, une cellule psychologique a été mise en place. La sœur d’un ado scolarisé en 3e explique à Libé que son frère devait avoir cours avec la prof d’arts plastiques l’heure suivant l’agression. «J’ai les mains qui tremblent. Car on ne se dit pas que ça peut arriver dans le collège de son petit frère. D’autant plus que c’est hypertranquille. C’est un endroit serein où il n’y a jamais rien eu d’alarmant.» La jeune femme de 20 ans se demande «pourquoi une fouille des sacs à dos et des sacs à main» n’est pas organisée à l’entrée, «avec tout ce qu’il se passe dans les établissements scolaires».

Le directeur académique du Var, la rectrice, le préfet, le ministre de l’Education nationale, Edouard Geffray… Plusieurs officiels se sont rendus sur place. «Mes pensées vont immédiatement à la victime, à sa famille et à l’ensemble de la communauté éducative, dont je partage le vif émoi», a réagi le ministre, sur X. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a de son côté expliqué se «[tenir] informé de l’évolution de la situation» et dit partager «l’effroi de la communauté éducative, de la famille, des élèves, suite à [cette] agression».

L’établissement n’est pas connu pour être «difficile», selon le mot d’Alain Tournay, secrétaire départemental de la FSU dans le Var. Le préfet en a même parlé en conférence de presse comme d’un collège «réputé pour sa quiétude, avec une qualité d’ambiance remarquée de tous». Près de l’établissement, Philippe tient un bureau de tabac depuis seize ans. Il voit les élèves qui passent pour acheter des chewing-gums, discute avec leurs parents. «C’est très calme, décrit le buraliste de 62 ans. C’est un petit coin de paradis ici. On est bien dans ce quartier résidentiel.» Son fils a fréquenté le collège il y a longtemps. «C’est surprenant. C’est un dérapage comme il peut en arriver partout. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour qu’il en arrive là, le gamin.»

«L’école n’est pas à part de la société»

L’émotion est grande parmi les professeurs. «C’est plus que de l’émotion, corrige Alain Tournay, de la FSU. Il y a de plus en plus d’actes de violence dans les établissements. Car l’école n’est pas à part de la société. Avec les écrans et les images violentes, forcément, ça se répercute dans le milieu scolaireAlain Tournay explique vouloir se déplacer dans l’établissement de Sanary-sur-Mer, et notamment y contacter le responsable du comité de sécurité et des conditions de travail, pour contribuer à la mise en place d’«un protocole d’accompagnement psychologique pour les élèves et pour les enseignants». Le syndicaliste pointe de manière générale le récurrent manque de moyens et de personnels à l’école. «On n’a plus d’infirmière scolaire, plus de médecine du travail. Il n’y a plus de psychologue parce que, tout en haut, on a décidé que ce n’est pas une priorité. Qu’il faut faire des économies aussi dans l’éducation nationale. Et on en arrive à de tels drames.»

En septembre, c’est dans un collège de Benfled (Bas-Rhin) qu’une professeure de musique de 66 ans avait été blessée. Le suspect, un adolescent de 14 ans là aussi, s’était porté des coups de couteau au moment de son interpellation. En juin, une surveillante a été tuée à coups de couteau à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans lors d’une fouille de sac par des policiers et en avril un lycéen a tué une adolescente de 15 ans et blessé trois autres personnes dans un lycée de Nantes.

Un décret paru en juillet prévoit que tout élève portant une arme soit systématiquement traduit devant le conseil de discipline de son collège ou de son lycée.

Mis à jour à 17 h 40, avec davantage d’éléments, 18 h 45 avec citations du buraliste, 18 h 53 avec citations parent d’élève, 19 h 04 avec citations professeure d’EPS, 20 h 09 avec des témoignages d’élèves et des précisions du parquet.
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