Après une année 2025 marquée par les jugements rendus contre les prévenus Le Pen et Sarkozy, 2026 verra les intéressés contester ces décisions en appel. Mais d’autres audiences vont émailler les douze prochains mois. Tour d’horizon, par ordre chronologique.
Marine Le Pen et onze cadres du RN jugés pour détournement de fonds européens
Du 13 janvier au 12 février, devant la cour d’appel de Paris
Condamnée dans l’affaire des assistants parlementaires du Parlement européen à une inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate la privant pour l’instant de toute candidature à l’élection présidentielle de 2027, la patronne du groupe Rassemblement national à l’Assemblée joue gros en ce début d’année devant la cour d’appel de Paris. Devra-t-elle renoncer à une quatrième candidature à la fonction suprême et laisser la place à Jordan Bardella ?
L’ancien sénateur Joël Guerriau jugé pour soumission chimique
Les 26 et 27 janvier, devant le tribunal correctionnel de Paris
Le 14 novembre 2023, la députée Modem de Loire-Atlantique Sandrine Josso se rend au domicile parisien de celui qu’elle considère alors comme son «ami politique», le sénateur Horizons Joël Guerriau, pour célébrer sa réélection. Seule invitée, elle en ressort avec 388 ng/ml d’ecstasy dans le sang, d’après des analyses toxicologiques. Guerriau, soupçonné de l’avoir placée sous soumission chimique dans le but de la violer, sera jugé durant deux jours. Sandrine Josso, elle, en profitera probablement pour attirer l’attention sur ce fléau, comme elle l’a déjà fait par le biais de la mission d’information parlementaire consacrée au sujet.
Neuf CRS jugés pour des violences dans un Burger King lors de la mobilisation des gilets jaunes
Du 9 au 12 février, devant le tribunal correctionnel de Paris
C’est une affaire emblématique des violences illégitimes commises par les forces de l’ordre lors de la mobilisation des gilets jaunes. Le 1er décembre 2018, à l’occasion de l’acte III des manifestations, neuf CRS sont soupçonnés d’avoir porté des coups de matraque et de pied à des manifestants réfugiés dans ce fast-food parisien et qui ne commettaient, eux, pas de violences. Plus de sept ans après, ces fonctionnaires seront jugés pour des violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes, faisant encourir à certains jusqu’à sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.
Tariq Ramadan jugé pour les viols de trois femmes
Du 2 au 20 mars, devant la cour criminelle de Paris
Depuis qu’elle a éclaté à l’automne 2017, l’affaire Ramadan a donné lieu à une intense bataille judiciaire, qui connaîtra un nouvel épisode en mars avec le premier procès en France de l’islamologue suisse, mis en cause pour un viol aggravé sur une femme et deux viols sur deux autres. L’homme a déjà été condamné en appel en Suisse, pour viol et contrainte sexuelle, à une peine de prison de trois ans, dont un an ferme.
Nicolas Sarkozy jugé en appel pour le financement libyen de sa campagne de 2007
Du 16 mars au 3 juin, devant la cour d’appel de Paris
Après une année 2025 qui l’a vu effectuer une peine de prison sous bracelet électronique, avant d’être condamné à cinq ans ferme dans l’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007 et d’être incarcéré trois semaines à la Santé, Nicolas Sarkozy sera jugé en appel au printemps dans l’affaire libyenne. A-t-il participé à un pacte corruptif avec le régime de Kadhafi ? L’enjeu est majeur, puisque l’ancien chef de l’Etat, déjà condamné définitivement à deux reprises (affaire Bismuth et affaire Bygmalion) pourrait être condamné plus lourdement et retourner en détention.
22 membres de l’officine franc-maçonne Athanor renvoyés pour un meurtre et d’autres projets criminels
Du 31 mars au 17 juillet, devant la cour d’assises de Paris
L’affaire est aussi rocambolesque que grave. A l’été 2020, deux militaires de la Direction générale de la sécurité extérieure, suspectés d’être alors sur le point d’assassiner une figure du milieu du coaching en entreprise, sont interpellés à Créteil (Val-de-Marne). C’est le début d’investigations qui vont mettre au jour une officine criminelle de grande envergure. Ceux-là se sont connus dans la franc-maçonnerie, dans une loge nommée Athanor, basée à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), et liée à l’obédience de la Grande Loge de l’alliance maçonnique française.
L’enquête a permis de révéler de nombreux autres projets attribués à la cellule criminelle et qui sont suspectés d’avoir été financés par différents commanditaires. Notamment l’enlèvement et l’assassinat du pilote de rallye Laurent Pasquali fin 2018. 22 personnes seront jugées, pour des implications à des degrés divers.
L’ancien lycéen de Saint-Jean-de-Luz jugé pour le meurtre de sa professeure, Agnès Lassalle
Du 21 au 23 avril, devant la cour d’assises des mineurs de Pau
Le procès se déroulera à huis clos devant la cour d’assises des mineurs de Pau. Un ancien élève de seconde au lycée privé Saint-Thomas-d’Aquin de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) sera jugé durant trois jours pour le meurtre en février 2023 de la professeure d’espagnol Agnès Lassalle. Agé de 16 ans au moment des faits, il avait expliqué qu’une «petite voix» dans sa tête entendue la veille, celle d’«un être égoïste, égocentrique et manipulateur», l’aurait «incité à faire le mal» et «à commettre un assassinat», selon les mots alors du procureur de la République de Bayonne.
Loïk Le Priol et Romain Bouvier jugés pour l’assassinat de Federico Martin Aramburu
Du 7 au 25 septembre, devant la cour d’assises de Paris
Ce matin du 19 mars 2022, Federico Martin Aramburu, 42 ans, 22 sélections avec l’équipe de rugby d’Argentine, se trouve avec l’un de ses amis, Shaun Hegarty, un autre rugbyman, dans un bar du boulevard Saint-Germain à Paris. Une altercation éclate en terrasse, avec Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Après avoir quitté l’établissement à pied, les deux amis sont rejoints par les deux militants d’extrême droite, qui tirent sur l’ex-international argentin lors de deux scènes successives, le blessant mortellement, avant de s’enfuir. En septembre prochain, Loïk Le Priol, ancien du GUD et ex-commando marine, sera jugé pour assassinat tandis que Romain Bouvier le sera pour tentative d’assassinat.
Rachida Dati et Carlos Ghosn jugés pour corruption et trafic d’influence
Du 16 au 28 septembre, devant le tribunal correctionnel de Paris
Année 2026 chargée pour la ministre de la Culture, Rachida Dati. Candidate à la mairie de Paris en mars, elle sera jugée en septembre pour «recel de bien obtenu avec l’aide d’un abus de confiance», «trafic d’influence passif» et «corruption passive». A son côté, Carlos Ghosn. L’ancien patron de Renault-Nissan est, lui, renvoyé pour «abus de pouvoir sociaux», «corruption et trafic d’influence actif» et «abus de confiance». Rachida Dati est soupçonnée d’avoir perçu 900 000 euros entre 2010 et 2012 pour des prestations de conseil actées dans une convention d’honoraires signée le 28 octobre 2009 avec RNBV, filiale de l’alliance Renault-Nissan, mais sans avoir réellement travaillé, alors qu’elle était avocate et députée européenne.
Cinq hommes jugés pour l’assassinat de Brahim Chabane, frère d’Amine Kessaci
Du 19 octobre au 6 novembre, devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence
Le procès des hommes soupçonnés d’avoir assassiné Brahim Chabane, le grand frère du militant antidrogue Amine Kessaci, qui avait été tué fin 2020 avec deux autres jeunes hommes près de Marseille, se tiendra à l’automne 2026. Le 13 novembre, la famille Kessaci a été de nouveau endeuillée par l’assassinat en plein jour à Marseille de Mehdi Kessaci, petit frère d’Amine. Du 19 octobre au 6 novembre 2026, cinq personnes sont renvoyées devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône, dont Karim Harrat, suspecté d’être le commanditaire et d’être impliqué dans plusieurs narchomicides, extradé du Maroc début 2023.
Le 29 décembre 2020 au petit matin, un véhicule en feu avait été découvert dans un tunnel de service sur l’autoroute juste avant Marseille. A l’intérieur, deux corps calcinés dont celui de Brahim, 22 ans. A l’époque, les autorités avaient parlé d’un niveau de cruauté jamais atteint. C’est ce drame qui a poussé Amine Kessaci à s’engager dans la lutte antidrogue en créant notamment une association d’aide aux familles de victimes.




