Pas de grève dans la bataille idéologique. La leader de la CGT, Sophie Binet, a annoncé ce mardi 2 décembre sur France Inter sa mise en examen après avoir qualifié en janvier à la radio les grands patrons de «rats qui quittent le navire» dont «le seul objectif est l’appât du gain». La syndicaliste commentait alors des propos tenus quelques jours auparavant par le patron du groupe LVMH, Bernard Arnault. Le milliardaire avait estimé que le projet de surtaxe du gouvernement «poussait à la délocalisation».
Interview
Dans la foulée, en février, le mouvement patronal Ethic – pour Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance – avait annoncé porter plainte pour «injure publique». Or, comme pour les plaintes en diffamation, la mise en examen est une procédure quasi automatique en matière d’injure publique. «J’ai découvert que j’étais mise en examen suite à ces propos. J’étais extrêmement choquée parce qu’en disant cela, je n’ai fait que mon travail de syndicaliste, à savoir dénoncer les délocalisations et dénoncer les inégalités de répartition des richesses et le fait que les milliardaires payent toujours moins d’impôts et ne se sentent plus responsables de l’emploi en France», a réagi ce mardi Sophie Binet sur France Inter.
«Ça s’appelle une image populaire, c’est dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas et je pense que c’est important dans le débat public qu’on puisse parler sans langue de bois, s’est défendue la leader syndicale. Nous avons beaucoup plus de multinationales qui n’en ont rien à faire de l’emploi en France comme LVMH. C’est un handicap pour l’économie française. Les multinationales françaises traitent très mal leurs sous-traitants.»
«Procédure bâillon»
Dans un communiqué de presse daté de ce mardi, la CGT «dénonce avec force cette énième procédure bâillon de la part d’un lobby patronal, financé par un milliardaire d’extrême droite, Pierre-Edouard Stérin». Ethic a effectivement reçu au moins un «soutien financier» de la part de Périclès, projet politique révélé en 2024 par l’Humanité et créé par Stérin dans le but – assumé – d’«influencer les médias et les politiques».
«Cette tentative manifeste de judiciariser la critique sociale et de détourner le débat public illustre une nouvelle fois la volonté de certains lobbys patronaux au service des plus riches pour faire taire les voix qui dérangent», continue la CGT, rappelant en outre que «la liberté syndicale est une liberté fondamentale, indispensable au fonctionnement démocratique. Chercher à en entraver l’exercice constitue une atteinte grave à un droit essentiel, protecteur de l’ensemble du monde du travail».
Guerre idéologique
Dans sa plainte, l’association Ethic, présidée par Sophie de Menthon et dont l’objet est notamment d’«assurer par tous les moyens la promotion et la défense des entreprises», avait estimé que «l’ensemble des grands chefs d’entreprise sont ici directement pris à partie» par la syndicaliste. L’association estimait que Sophie Binet portait sur les chefs d’entreprise un «jugement de valeur négatif qui entache nécessairement leur honneur et leur réputation» et considérait «particulièrement injurieux» une comparaison avec des rats.




