Elle accusait sa hiérarchie de «l’avoir abandonnée». Après le suicide de Caroline Grandjean, directrice d’école du Cantal victime de lesbophobie, les investigations conduites par les services Education nationale concluent à «une défaillance institutionnelle», a fait savoir le ministère ce vendredi 6 février. La quadragénaire avait été la cible d’insultes et de menaces homophobes pendant plusieurs mois : des inscriptions comme «sale gouine» avaient été retrouvées dans l’établissement à partir de 2023.
«C’est un sentiment de satisfaction que l’Education nationale reconnaisse une défaillance mais derrière, il y a des responsables et ils ne sont pas reconnus dans le rapport», a pointé à l’AFP la veuve de Caroline Grandjean, Christine Grandjean-Paccoud, ce vendredi.
Privée «d’une forme de reconnaissance et de soutien»
«Ce constat repose en partie sur le sentiment éprouvé par l’enseignante que l’institution n’a pas toujours fait bloc avec elle face aux conflits avec certains parents», souligne le ministère, confirmant une information de La Montagne. L’institution rapporte que l’enquête a pointé «des décisions administratives vécues comme des injustices, par exemple s’agissant du refus d’attribuer une bonification de points liée à son handicap (RQTH) pour sa mobilité».
Selon le ministère, «bien que cette bonification n’était pas mathématiquement nécessaire pour obtenir sa mutation, ce refus, fondé sur une lecture stricte des règlements, a privé Mme Grandjean d’une forme de reconnaissance et de soutien institutionnel dont elle avait besoin à ce moment-là». En arrêt maladie et après avoir alerté plusieurs fois sa hiérarchie, Caroline Granjean s’était vu proposer un poste à quelques kilomètres de Moussages pour la rentrée scolaire mais avait été incapable de reprendre son travail.
Tribune
Le ministère de l’Education nationale annonce par ailleurs «renforcer la formation de ses cadres à la gestion des situations de détresse psychologique», «à la lumière de ces conclusions, et conformément aux recommandations de la mission». «L’objectif est de garantir qu’à l’avenir nos processus RH ne soient pas seulement réglementaires, mais traités avec toute l’humanité et le discernement requis», a-t-il ajouté.
Une enquête judiciaire portant sur des faits d’«injure publique commise en raison de l’orientation sexuelle, menace de mort commise en raison de l’orientation sexuelle, dégradation ou détérioration d’un bien par inscription ainsi qu’intrusion dans l’enceinte d’un établissement scolaire», avait été ouverte en 2024, à la suite d’une plainte de la directrice. Elle «n’avait pas permis d’identifier les auteurs» et avait été classée en mars 2025 «en l’absence de nouveaux faits», d’après le parquet.
Quelques jours avant sa mort, Caroline Grandjean écrivait sur Facebook : «Lundi 1er septembre, ce sera plus facile dans votre école que pour moi.» Son épouse, Christine Paccoud, a depuis porté plainte contre l’Education nationale pour «harcèlement».




