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Drame

Suicide d’une lycéenne de 17 ans en région parisienne : une enquête est ouverte pour harcèlement scolaire

Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant le lycée Honoré-de-Balzac à Mitry-Mory ce jeudi pour dénoncer les faits. Une enquête administrative est ouverte pour déterminer «les réponses apportées par l’institution».

Gare de Villeparisis-Mitry-Le-Neuf, où Camélia s'est suicidée, ici en novembre 2020. (Polyvios Anemoyannis/Hans Lucas. AFP)
Publié le 15/01/2026 à 18h24, mis à jour le 16/01/2026 à 14h53

La ville de Mitry-Mory endeuillée. Camélia, 17 ans, s’est suicidée mardi 13 janvier en gare de cette commune de Seine-et-Marne, où elle était scolarisée. Devant le lycée Honoré-de-Balzac, où elle était en classe de terminale, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées ce jeudi 15 janvier matin pour dénoncer le harcèlement scolaire dont elle aurait été victime, et appeler à agir contre ce fléau.

L’adolescente «s’est volontairement donné la mort», a indiqué le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, dans un communiqué. Selon une source policière, Camélia avait prévenu sa mère de son geste par messagerie. Descendue et allongée sur les rails de la gare de Villeparisis-Mitry-Le-Neuf, elle a été mortellement percutée par un train RER en fin d’après-midi.

Le parquet a ouvert deux enquêtes : la première pour déterminer les causes de la mort, la seconde du chef de «harcèlement scolaire ayant conduit la victime à se suicider», motif pour lequel la peine encourue est de dix ans de prison.

«C’était une fille super souriante», a témoigné auprès de l’AFP Chloé, 18 ans, qui était dans sa classe en terminale sciences et technologies du management et de la gestion. Selon Ilyana, qui la fréquentait en cours de sport et «rigolait souvent» avec elle, Camélia était une lycéenne «super ouverte» et qui a «vraiment bien caché» sa souffrance.

«Stop au harcèlement»

D’après le procureur, la famille a expliqué à la police que la jeune fille était victime de harcèlement scolaire depuis décembre et «qu’à la rentrée de janvier, la situation ne s’était pas améliorée», malgré la convocation des personnes soupçonnés de son harcèlement. Selon plusieurs élèves, les insultes, parfois à caractère sexuel, auraient démarré il y a environ un an. «Il y avait trois principaux harceleurs, mais aussi toute une classe derrière», qui laissait faire, a raconté à l’AFP Sofia, 17 ans, sa «meilleure amie pendant tout le collège».

Selon la famille, la «jeune femme avait été elle-même convoquée par le chef d’établissement le jour de son décès» et «au cours de cet entretien, l’intéressée avait été renvoyée à sa propre part de responsabilité dans les faits», a détaillé le procureur dans son communiqué. Le magistrat a précisé que depuis la mort de l’adolescente, «le personnel de direction de l’établissement est victime, notamment sur les réseaux sociaux, de menaces violentes, tandis que des rassemblements sont organisés devant le lycée, tant à l’initiative de la famille de la défunte, que de tiers.»

En début d’après-midi ce jeudi 15 janvier, plusieurs véhicules de police étaient stationnés devant le lycée où s’était tenu, quelques heures plus tôt, un rassemblement comptant plusieurs centaines de personnes, dont des parents et d’anciens élèves de l’établissement. Sur une vidéo consultée par l’AFP, les manifestants scandent «Stop au harcèlement» et, selon des témoignages, plusieurs victimes ou ex-victimes de harcèlement ont pris la parole.

Si les élèves interrogés par l’AFP et ayant participé à la manifestation assurent que le rassemblement visait à dénoncer le harcèlement et non pas l’attitude de la direction du lycée, plusieurs ont fait part de leur «colère» à son égard. Un mail de la direction envoyé le lendemain du suicide de l’adolescente et annonçant le «décès d’une élève […] survenu hier en dehors de l’établissement», sans précision sur les circonstances, a également été mal perçu par plusieurs lycéens.

Un enfant sur cinq harcelé durant sa scolarité

Une enquête administrative a été ouverte ce vendredi 15 janvier, confiée «à l’inspection générale de l’éducation nationale, du sport et de la recherche», et «devra établir, avec rigueur et objectivité, le déroulement des événements, les réponses apportées par l’institution, et en tirer tous les enseignements nécessaires», a indiqué le ministère de l’Education nationale à l’AFP, confirmant une information du Monde.

«J’ai demandé à l’inspection générale de procéder à une enquête administrative, indépendamment de l’enquête pénale, pour clarifier les faits, quels qu’ils soient», a déclaré Edouard Geffray ce vendredi 16 janvier lors d’un déplacement à Givors (Rhône), évoquant un «drame humain atroce».

«On est sur une situation manifestement complexe, sur un acte désespéré [...]. Le procureur fait une enquête pénale, et c’est dans ce cadre-là évidemment que la vérité sera établie», a précisé le ministre à la presse. «Tirer des conséquences hâtives, sans savoir ce qui s’est exactement passé, ce serait irresponsable [...]. Les inspecteurs généraux seront sur site, probablement dès lundi, peut-être même qu’ils y sont d’ailleurs dès cet après-midi. Et quand on saura, on prendra les mesures nécessaires», a-t-il ajouté.

«Cela ne signifie pas forcément l’existence de dysfonctionnements dans le traitement de la problématique de cette jeune fille. Il s’agit de faire la pleine lumière sur le déroulement complexe de ce cas de harcèlement», précise à Libération l’académie de Créteil, qui avait déclaré jeudi qu’elle n’allait pas ouvrir d’enquête administrative «à ce stade» car il n’y avait, selon elle, pas d’éléments suggérant qu’il y ait eu un dysfonctionnement dans le système d’alerte harcèlement.

Une cellule psychologique a été mise en place au sein de l’établissement, ainsi qu’«une protection fonctionnelle du proviseur face au cyclone médiatique et numérique dans lequel il est plongé». Selon le procureur, «des élèves susceptibles d’être impliqués dans les faits subis par la défunte sont eux-mêmes victimes de faits de harcèlement». Deux autres enquêtes préliminaires, l’une pour menaces envers une personne exerçant une fonction publique et la seconde pour harcèlement moral, ont ainsi été ouvertes.

Le harcèlement scolaire, qui en France toucherait plus d’un élève par classe en moyenne, a été érigé en priorité par les gouvernements successifs ces dernières années, après plusieurs suicides d’adolescents dont ceux en 2023 de Lindsay, 13 ans, dans le Pas-de-Calais, et de Nicolas, 15 ans, dans les Yvelines.

«On sait qu’un enfant sur cinq va vivre du harcèlement dans sa scolarité, et que deux tiers des harceleurs sont d’anciennes victimes», détaille auprès de Libération Nora Tirane, fondatrice et directrice générale de l’association Marion la main tendue. En 2013, sa fille Marion, elle-même victime de harcèlement scolaire au collège, s’était suicidée à l’âge de 13 ans. Elle souligne l’importance de «repérer au plus tôt les violences», puis de «sanctionner les auteurs et d’accompagner les victimes». «Seuls 40 % des faits de harcèlement sont sanctionnés», souligne-t-elle. Ce qui n’encourage pas les élèves victimes à se signaler, d’après elle : «C’est souvent ce que nous disent les enfants : “J’en ai parlé, et rien n’a été fait.”».

Mise à jour à 9 h 35 avec l’ouverture d’une enquête administrative, et à 14 h 20 avec les déclarations du ministre de l’Education nationale.

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