C’est une nouvelle affaire de violences dans l’enseignement catholique privé, qui vient s’ajouter à la longue liste des scandales de l’institution. Une vingtaine d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique des Lasalliens, réunis en collectif, dénoncent des «viols, des coups, des humiliations…» commis entre 1955 et 1985 et pour la plupart prescrits. Dans un communiqué publié le dimanche 1er février, les anciens élèves, essentiellement âgés de 50 à 70 ans, accusent «un projet éducatif dévoyé, fondé sur un usage systématique» de la violence.
Les écoles Lasalliennes appartiennent à la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, qui gère aujourd’hui 150 établissements privés sous contrat en France. Par l’intermédiaire de son avocat, Me Matthias Pujos, l’organisation a assuré prendre ces signalements «très au sérieux» et explique avoir déjà indemnisé 70 personnes, pour 72 signalements reçus. «Consciente […] de la responsabilité qui lui incombe», la congrégation a mis en place depuis 2014 une cellule d’écoute, chargée de recueillir des signalements, «d’accompagner» les victimes et de «mettre en œuvre des démarches de reconnaissance et de réparation», écrit Me Pujos dans un communiqué paru dimanche 1er février.
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Les écoles concernées se situaient notamment à Quimper, Rouen, Mende, Langogne (Lozère), Rueil-Malmaison, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), Grenoble, Igny (Essonne), Nantes ou Paris, a détaillé Philippe Auzenet, membre fondateur du collectif d’anciens de 73 ans. Certaines n’appartiennent plus aux Frères.
«J’avais une amnésie traumatique»
A l’école Lasallienne de Rouen, «entre 7 et 9 ans, j’ai été menacé de mort, violenté, ligoté, on me pendait par les pieds, ils avaient des couteaux de boucher et menaçaient de m’arracher les yeux. Cela a bousillé ma vie», témoigne Philippe Auzenet. «J’avais une amnésie traumatique, et tout est remonté» au moment de l’affaire Bétharram, rapporte-t-il.
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Philippe B., 62 ans, se dit, lui, victime «de violences et d’attouchements» entre 1969 et 1978 par des frères et enseignants laïcs, à Saint-Augustin, établissement de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines). «C’étaient des gifles, coups de poing, de pied», certains enfants «se faisaient rouer de coups par des frères, devant toute la classe, sur l’estrade», étaient «accrochés sur les portemanteaux» ou placés «dans des poubelles», décrit-il. Au moment de la confession, le prêtre pouvait «questionner sur les pensées impures», demandant par exemple «est-ce que tu penses à jouer avec le sexe de tes copains ?» et avoir des gestes déplacés, témoigne-t-il.
«Les conditions idéales pour des prédateurs sexuels»
Dans son communiqué, le collectif d’anciens élèves reproche notamment à la congrégation d’avoir longtemps permis l’impunité des auteurs, en les «déplaçant simplement» d’un établissement à l’autre. «En imposant une obéissance absolue, l’institution a créé les conditions idéales pour des prédateurs sexuels», accuse le collectif. Il réclame aujourd’hui que la congrégation reconnaisse «sa responsabilité» dans des violences qu’il juge «systémiques», qu’elle crée un fond de réparation doté de 100 millions d’euros, ouvre ses archives et lance un appel à témoignages.
A ce jour, les indemnités financières versées par la congrégation des Frères des écoles chrétiennes s’élèvent à «un montant total de 2 434 882 euros», conformément aux recommandations de la Commission reconnaissance et réparation (CRR) mise en place par l’Eglise, appuie Me Pujos.
Trois signalements en justice
Depuis 2022, la congrégation a également effectué «trois signalements en justice, dont le dernier date du 15 décembre 2025, auprès des procureurs de Besançon, Evry-Courcouronnes et Reims», comme elle le fait «systématiquement» lorsqu’un religieux de la congrégation mis en cause est encore vivant, assure l’institution. Elle regrette toutefois n’avoir pu effectuer à ce jour de «recensement complet» des signalements réalisés à l’égard d’enseignants laïcs du réseau Lasallien car ceux-ci sont directement effectués par les établissements.
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«Chaque situation» portée à la connaissance de l’institution «fait l’objet d’une attention rigoureuse, dans un souci constant d’écoute, de discernement et de responsabilité», écrit Me Pujos. «La congrégation regrette» que l’un des représentants du collectif, «à qui un rendez-vous avait été proposé, ait finalement annulé cette rencontre» : elle «demeure toutefois pleinement ouverte» au dialogue, ajoute l’avocat de la congrégation.




