Marvin J. est jugé à partir de ce jeudi 15 janvier devant la cour d’assises du Loir-et-Cher pour tentative de meurtre aggravé sur son ex-compagne, Chloé P. Elle avait été violemment agressée en décembre 2022, après avoir vainement tenté de déposer plainte. En détention provisoire depuis les faits, l’accusé encourt la prison à perpétuité.
Le 13 décembre 2022, la jeune femme, alors âgée de 24 ans, se présente au commissariat de Blois pour porter plainte contre son ex-compagnon. Mais sur place, cette manager dans une pizzeria est invitée par le fonctionnaire de police à revenir le lendemain. Elle sera retrouvée deux heures plus tard par les policiers, alertés par des voisins, laissée pour morte dans une mare de sang, au milieu des parties communes de son immeuble.
Pendant plusieurs semaines, Chloé P. est en réanimation, son pronostic vital reste engagé. Elle va rester deux mois dans le coma, jusqu’en février 2023, avec une ITT de 120 jours prononcée. Victime de violences, mais aussi d’insultes et de harcèlement, elle avait rompu avec Marvin J. quelques semaines avant les faits et préparé un dossier pour saisir la justice, selon ses proches.
A lire aussi
Marvin J., 27 ans, rencontré en août 2022 sur Internet, est interpellé deux jours plus tard à son domicile, en région parisienne. Il a reconnu lors de ses auditions avoir été l’auteur de violences ce jour-là, notamment des coups de pied dans le visage, mais en niant toute volonté de donner la mort, a indiqué une source judiciaire. Un point confirmé par Me Stéphane Rapin, l’avocat du suspect. «L’intention d’homicide est contestée, contestable et je la contesterai», a-t-il affirmé, évoquant de son côté des violences volontaires ayant entraîné une infirmité, qualifiées «d’écrasements» par son client.
L’homme était déjà défavorablement connu de la justice. Il a plusieurs fois été condamné, «notamment pour violences sur une ex-compagne», a répondu l’avocate de la victime Me Isabelle Steyer, qui évoque «quatorze» mentions à son casier judiciaire. Cette affaire est «révélatrice» de «la méconnaissance de ce que sont les violences conjugales et de la situation dans laquelle sont les victimes», a-t-elle ajouté.
«Trois alertes ignorées et une protection refusée»
Chloé P. souffre aujourd’hui de lésions cérébrales majeures. Elle a perdu l’usage de son œil droit, présente des séquelles neurologiques majeures irréversibles et une lourde perte auditive. «C’est une force de la nature, qui porte la voix de toutes celles qui n’en ont plus», a décrit son avocate. Elle pourrait suivre une partie des débats, malgré l’amnésie et l’infirmité dont elle souffre.
«Ce dossier ne raconte pas une violence imprévisible. Il raconte trois alertes ignorées et une protection refusée», a ajouté l’avocate. Elle a notamment évoqué «la police municipale», qui était déjà intervenue dans l’après-midi peu avant le drame, pour une dispute en pleine rue entre le suspect et la victime. Aucune violence n’avait toutefois été constatée par les agents, qui avaient «incité» la jeune femme à se rendre au commissariat pour déposer plainte.
Le policier qui a renvoyé chez elle la jeune femme, un major alors âgé de 55 ans et suspendu à titre conservatoire dans un premier temps, a été mis à la retraite d’office en janvier 2024.




