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Justice

Un policier jugé huit ans après un tir mortel sur Aboubakar Fofana lors d’un contrôle routier à Nantes

Le CRS accusé d’avoir tué l’homme de 22 ans en 2018 avait d’abord évoqué un tir de légitime défense, avant de parler d’un tir accidentel. Une version mise à mal par les investigations.

Une manifestation du mouvement «Black Lives Matter» à Nantes, le 5 juillet 2020. (Franck Dubray/Maxppp)
Publié le 12/01/2026 à 6h55

Près de huit ans après les faits, le CRS mis en cause dans la mort d’Aboubakar Fofana à Nantes va faire face à la justice. Accusé d’avoir fait feu sur le jeune homme en 2018, le policier est jugé à partir de ce lundi 10 janvier, et jusqu’à vendredi, devant la cour criminelle de Loire-Atlantique pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Les faits se sont déroulés le 3 juillet 2018, dans le quartier nantais du Breil. Aboubakar Fofana, 22 ans, avait été contrôlé en début de soirée par des policiers alors qu’il se trouvait au volant d’une voiture. Après avoir fourni une fausse identité, il avait, d’après les forces de l’ordre et plusieurs témoins, tenté de fuir en marche arrière alors que de jeunes enfants se trouvaient à proximité, percutant un véhicule garé avant de «rebondir» vers l’avant puis de repartir en arrière.

Versions contradictoires

Le jeune homme, originaire de région parisienne et qui se trouvait à Nantes en visite, se savait, d’après l’enquête, recherché par les services de police dans le cadre d’une autre affaire.

Alors brigadier-chef membre d’une compagnie de CRS, le policier mis en cause, aujourd’hui âgé de 59 ans, avait ouvert le feu. Touché au cou, Aboubakar Fofana était mort à l’hôpital quelques heures plus tard. L’agent avait dans un premier temps évoqué un tir de légitime défense. En garde à vue, il a par la suite affirmé qu’il s’était penché à l’intérieur de la voiture pour tenter de stopper le jeune homme et que son arme s’était alors accidentellement déclenchée.

La mort d’Aboubakar Fofana avait provoqué plusieurs nuits de tension dans les quartiers du Breil et de Bellevue, ainsi qu’à Orvault et Rezé, communes limitrophes de Nantes. Si la droite et l’extrême s’étaient précipités en défense du policier, sa version a été contredite lors de l’enquête par le médecin légiste et l’expert balistique, selon qui le tireur se trouvait à l’extérieur du véhicule et à au moins une vingtaine de centimètres de la victime.

«Pas une justice d’exception»

Le policier, qui comparaîtra libre sous contrôle judiciaire, a fait appel par deux fois de sa mise en accusation devant la cour criminelle. Confirmant son renvoi, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a notamment considéré que la victime n’exposait pas les personnes présentes à un risque pour leur vie ou leur intégrité physique au moment du tir. Il est par ailleurs «manifeste» que le tir avait pour objet d’immobiliser la voiture, sans «intention homicide», note-t-elle.

«Notre problématique, c’est celle d’essayer de comprendre ce drame au travers des déclarations parfois totalement incompréhensibles de ce fonctionnaire de police», a souligné Me Franck Boezec, avocat de la famille Fofana, partie civile au procès. Et d’ajouter : «Il faut que la justice passe, et qu’elle soit une justice ordinaire, qu’elle ne soit pas une justice d’exception.» De son côté, l’avocat du policier en cause, Me Laurent-Franck Liénard, n’a pas souhaité s’exprimer avant le procès.

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