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Violences des gendarmes à Sainte-Soline : après les révélations de «Libé», le ministre de l’Intérieur lance une enquête administrative

Après la publication par «Libération» et «Mediapart» des vidéos des caméras-piétons de gendarmes où on les entend encourager des «tirs tendus» de grenades vers les manifestants, Laurent Nuñez a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative.

A Sainte-Soline le 25 mars 2023. (Benjamin Guillot-Moueix/Hans Lucas. AFP)
Publié le 05/11/2025 à 18h01, mis à jour le 05/11/2025 à 20h11

Quelques heures après la publication par Libération et Mediapart de séquences issues de caméras portés les gendarmes lors de la mobilisation contre le projet de mégabassine à Sainte-Soline, le 25 mars 2023, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, via son cabinet, l’ouverture d’une enquête administrative. Aucune précision n’a été apportée pour l’heure, sur le cadre de cette procédure. Les images que nous publions dévoilent de multiples ordres illégaux de tirs tendus. La gendarmerie nationale, qui dispose de ces documents depuis les faits, n’avait pas pour l’heure estimé nécessaire d’ouvrir une procédure disciplinaire. Le cadre juridique permet pourtant à l’administration de consulter les images.

Dans la foulée de la manifestation, une enquête judiciaire avait été ouverte par le procureur de la République de Rennes pour violences aggravées et non assistance à personne en danger. Serge D., Mickaël B., Alix (1) et Olivier (1), grièvement blessés par des tirs des gendarmes, avaient déposé plainte. C’est dans le cadre de ces investigations que les vidéos des gendarmes ont été rassemblées.

«L’ordre donné par une institution»

Dans un communiqué, également publié ce mercredi 5 novembre, les quatre plaignants dénoncent «la manière dont a été conduite cette enquête» qui «laisse clairement apparaître l’intention de classer sans suite [les] plaintes». Ils demandent l’ouverture d’une instruction, c’est-à-dire la poursuite de l’enquête par un juge d’instruction, indépendant. «Loin d’être un événement ponctuel, le 25 mars 2023 à Sainte-Soline s’inscrit dans un processus visant depuis de nombreuses années à banaliser une répression toujours plus violente», estiment-ils.

«Nous avons aujourd’hui les preuves audio et vidéo de ce dont nous nous doutions : les actes qui ont causé tant de blessures et fait frôler la mort à nombre d’entre nous ne sont pas l’œuvre d’individus particulièrement violents, mais découlent de l’ordre donné par une institution», poursuivent les plaignants dans leur communiqué.

Un collectif plus large de 70 victimes, qui avait saisi le Défenseur des droits, dénonce la façon dont a été menée les investigations, confiée à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) : «Cette enquête laisse de côté de nombreux éléments qui auraient nécessité davantage d’investigations.»

Une demande d’enquête parlementaire

«Les révélation de Mediapart et Libération sur les méthodes de la gendarmerie à Sainte-Soline permettent d’établir clairement que la violence, le risque assumé de mutiler et même de tuer, la jouissance devant les blessures infligées, étaient bel et bien du côté des forces de l’ordre», a pour sa part réagi, le mouvement les Soulèvements de la Terre, qui faisait partie des organisateurs de la manifestation interdite de mars 2023.

Les premières réactions politiques sont venues de La France insoumise. Dans la foulée de la publication, la députée Clémence Guetté a déposé une demande d’ouverture d’enquête parlementaire pour ne pas «laisser passer» les violences commises ce jour-là. «Tous les responsables devront s’expliquer», annonce la parlementaire de gauche. «Ces faits relatés par Libération et Mediapart sont d’une gravité inqualifiable», a pour sa part déclaré Marine Tondelier, à la tête du parti Les Ecologistes.

Mise à jour à 20h11 avec l’article de notre journaliste

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