Menu
Libération
Déni

Sur les violences des gendarmes à Sainte-Soline, le ministre Laurent Nuñez fait l’autruche

Interrogé sur France Inter ce jeudi 6 novembre sur les images accablantes révélées mercredi par «Libération» et «Mediapart», le ministre de l’Intérieur a refusé de parler de «violences policières» et soutenu que «dans la majorité des cas […], la riposte avait été proportionnée».

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, visite un commissariat à Aulnoye-Aymeries, dans le Nord, le 3 novembre 2025. (François Lo Presti/AFP)
Publié le 06/11/2025 à 9h10

Fermer les yeux pour ne surtout rien voir. Interrogé sur France Inter, ce jeudi 6 novembre, sur les images accablantes des opérations de gendarmerie lors du rassemblement écologiste de Sainte-Soline du 25 mars 2023 publiées mercredi par Libération et Mediapart, Laurent Nuñez a refusé de parler de «violences policières». A peine a-t-il consenti, du bout des lèvres, à condamner «des propos et des gestes qui manifestement ne sont pas réglementaires». «Je ne suis pas du tout content», a-t-il fait savoir. Mercredi, après la parution de notre enquête, il avait annoncé l’ouverture d’une enquête administrative sur ces faits, qui s’étaient produits dans le cadre d’une manifestation interdite contre les mégabassines.

Les images révélées par notre journal, issues des caméras des gendarmes, montrent de nombreux tirs tendus de grenades lacrymogènes et explosives – une utilisation interdite et potentiellement mortelle de ces armes qui doivent normalement être utilisées en cloche pour s’ouvrir en l’air. Ces usages illégaux, à l’origine des blessures les plus graves des manifestants, ne sont pas des cas isolés mais bien le résultat d’ordres délibérés de procéder à de tels tirs.

Minimisation des révélations

Les images montrent également la jubilation des militaires mobilisés, qui traitent les manifestants de «pue-la-pisse», «d’enculés», de «chiens», parlent d’un «vrai kif» et se réjouissent du nombre de militants écologistes «éborgnés». Le 25 mars 2023, les manifestants avaient annoncé 200 blessés dans leurs rangs dont 40 graves. Deux participants étaient restés un temps dans le coma.

Dans la lignée de son prédécesseur d’alors, Gérald Darmanin, pourfendeur de «l’écoterrorisme», Laurent Nuñez a tenté de minimiser les révélations de Libération et Mediapart en les inscrivant dans le «contexte» de «l’extrême violence» des manifestants. «Dans la majorité des cas», a-t-il soutenu, «l’action de la gendarmerie avait été menée face à des actions extrêmement violentes» et «la riposte avait été proportionnée». «Il y a des actes révélés par ces vidéos qui ne le sont manifestement pas», a-t-il quand même ajouté, promettant que «des sanctions seront prises». La gendarmerie nationale, qui dispose de ces documents depuis plus de deux ans, n’avait jusque-là pas estimé nécessaire d’ouvrir une procédure disciplinaire. Le colonel Erwan Coiffard, porte-parole de l’institution, a reconnu ce jeudi sur BFM «des manquements à la déontologie», «de façon claire et évidente».

Mise à jour : jeudi 6 novembre à 11h44, avec la réaction du porte-parole de la gendarmerie.

Dans la même rubrique