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Violences faites aux enfants : comment les parents peuvent détecter et réagir

Interrogés par «Libération», des professionnels de santé livrent des clés pour aider les parents à identifier les éventuelles violences subies par leurs enfants à l’école et les protéger.

Les enfants ont besoin d'un climat de confiance pour se confier. (Ait Adjedjou Karim/Abaca)
Par
Charlotte Combret
Publié le 23/11/2025 à 17h59

Comment favoriser la prise de parole des enfants et mieux repérer d’éventuelles violences dont ils seraient victimes, notamment à l’école ? La multiplication des signalements dans le périscolaire parisien peut légitimement inquiéter les parents. Libération a interrogé plusieurs pédiatres et pédopsychiatres, qui fournissent des pistes pour faire face à des cas de violences.

Quels sont les signes évocateurs des violences subies par les enfants ?

S’il est compliqué d’identifier les signaux de violences, qu’elles soient psychologiques, physiques ou sexuelles, un parent peut repérer des changements, brutaux et persistants, dans le comportement de son enfant. «Il était plutôt calme. Tout d’un coup, il est dans l’opposition et extrêmement agressif», illustre Hélène Romano, docteure en psychopathologie. Un enfant qui «se prive d’une activité qu’il apprécie», cela doit aussi alerter les parents, complète Gilbert Vila, psychiatre au Centre de victimologie pour mineurs de Paris. Parmi les autres signaux : le développement de troubles anxieux, alimentaires, psychosomatiques, et certaines fois de troubles de la propreté. «Quand ils sont sales, ils savent qu’ils ne seront pas agressés», explique Hélène Romano.

Concernant les violences sexuelles, l’autrice de Quand la vie fait mal aux enfants alerte les parents sur les comportements sexuels inadaptés de l’enfant. «Un enfant qui est très régulièrement agressé finit par avoir des comportements masturbatoires compulsifs et agressifs, contre lui-même ou contre les autres – l’animal de la famille par exemple», précise-t-elle. De même, l’enfant peut commencer des «jeux» traumatiques dans lesquels il reproduit les violences sexuelles qu’il a subies sur des jouets, comme des poupées.

Autre alerte rouge : les propos sexuels inadaptés, accompagnés d’éléments sensoriels que l’enfant ne peut pas inventer. La psychologue relate une situation où des élèves de maternelle avaient raconté avoir joué au «jeu du Carambar» avec leur instituteur. «C’est en parlant du Carambar mou qui devient dur que les parents ont réalisé que l’enfant était contraint à des fellations», retrace-t-elle.

Comment faire pour que les enfants parlent des violences dont ils sont victimes ?

«Les enfants révèlent les faits qui les concernent quand ils sont dans un climat de confiance», indique Martine Balençon, pédiatre et médecin légiste au CHU de Caen. La question n’est pas tant que l’enfant parle, mais que «l’adulte soit en capacité d’entendre». D’où l’importance de partager des temps de jeu où le parent est disponible et détaché de son portable, note-t-elle.

Sur ce point, Hélène Romano rappelle l’importance pour les parents de gérer leur propre anxiété, dans la mesure du possible. «Si l’enfant sent que le parent est inquiet, souvent il va se taire ou minimiser les faits», détaille-t-elle. Elle recommande de poser des questions ouvertes, plus indirectes, sur l’ambiance générale : comment se passe l’accueil périscolaire avec l’animateur ? A quel jeu jouent-ils ? Où s’installent-ils ? Des questions d’apparence anodine, mais d’autant plus pertinentes que «souvent, les auteurs agressent sexuellement sous prétexte de jeu», rappelle Hélène Romano.

Comment accueillir la parole des enfants victimes ?

Dans le cas où un parent observe un comportement inquiétant de la part de son enfant, Hélène Romano souligne l’importance de ne pas le gronder, mais de lui partager son ressenti : «Quand je te vois faire ça, je me dis que c’est étrange. Ce ne sont pas des choses qu’un enfant fait.» Elle conseille d’utiliser des «peut-être» pour amener le sujet : «Peut-être que tu l’as vu faire, peut-être qu’on te l’a fait…»

Pour la psychologue, le premier réflexe est de signifier à l’enfant que «ce que tu dis, c’est important». Puis, de reformuler. Et de préciser le caractère interdit de ces violences, sans employer des termes comme «grave» ou «sale». Martine Balençon l’observe régulièrement en consultation : «Les enfants qui vont bien dans le post-trauma des violences sexuelles sont ceux qui ont un parent qui les croit.»

Vers qui se tourner pour alerter sur les violences faites aux enfants ?

La priorité est «l’enfant et son corps», estime Hélène Romano. La première chose à faire est d’aller voir le pédiatre ou le médecin généraliste pour ne pas passer à côté de potentielles violences. Des professionnels de santé «qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance», précise Martine Balençon. Puis les instances de l’éducation nationale (direction d’établissement, académie) et la justice, en déposant plainte.

Hélène Romano encourage les parents à «ne pas rester seuls» et à se tourner vers des associations spécialisées. Un point sur lequel Martine Balençon insiste également : «Accepter de se faire accompagner à hauteur de la situation, c’est aussi devenir acteur de bien-traitance pour son enfant.»

Ligne d’écoute anonyme et gratuite dédiée à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être : 119 (24h /24 et 7j /7).

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