Laurent Nuñez l’assure : les violences subies par El Hacen Diarra, mort en garde à vue dans un commissariat parisien après avoir été frappé par des policiers, ou par un homme molesté cette semaine en marge d’une manifestation à Paris, sont des «cas isolés». Le ministre de l’Intérieur a accordé ce dimanche 25 janvier une interview au Parisien où il dit, sur ces deux cas, s’en tenir «à [s]a ligne», soit «ne [pas] demander la suspension des fonctionnaires tant qu’on n’a pas établi qu’ils sont fautifs».
«Cela jette le discrédit sur l’ensemble de la profession»
L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie vendredi d’une enquête visant des membres des forces de l’ordre filmés en train de rudoyer un homme à Paris, rue Bichat (Xe arrondissement), dans une vidéo devenue virale. Quelques jours plus tôt, dans un commissariat du XXe arrondissement, El Hacen Diarra, un Mauritanien de 35 ans, est mort lors de sa garde à vue. Une information judiciaire pour «violences volontaires ayant entraîné la mort par personne dépositaire de l’autorité publique» a été ouverte. «Ça me met en colère, bien sûr, car cela jette le discrédit sur l’ensemble de la profession alors que ce sont des cas isolés», a insisté le ministre de l’Intérieur au sujet de ces deux affaires impliquant des policiers.
Reportage
A propos de l’homme molesté rue Bichat, Laurent Nuñez note que les faits se sont produits en marge d’une «manifestation de soutien aux Kurdes en Syrie, où les fonctionnaires ont été soumis à rude d’épreuve. Ils ont été pris à partie, ils ont reçu des tirs de mortiers, il y a eu des dégradations». Le ministre concède néanmoins que «le contexte ne peut suffire à justifier les gestes non réglementaires, à supposer qu’ils le soient. A cet égard, j’ai demandé une enquête administrative et j’attends le résultat des investigations».
Au sujet de la mort d’El Hacen Diarra, Laurent Nuñez estime que «le fonctionnaire qui, sur les images, met deux coups de poing devra s’expliquer». «Mais rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort, ajoute le ministre. On ignore ce qu’il s’est passé pendant le transport. L’homme est décédé ensuite au commissariat, où les policiers l’ont mis en position latérale de sécurité, constatant qu’il faisait un malaise, et procédé à un massage cardiaque.»
La présomption de légitime défense remise «rapidement à l’ordre du jour»
Interrogé sur le fait que les caméras piétons des policiers n’étaient pas enclenchées dans cette affaire, Laurent Nuñez constate que «quand les choses deviennent compliquées dans le feu de l’action, les effectifs ne pensent pas, trop souvent, à déclencher leurs caméras piétons. Or cela est très protecteur pour eux. Il peut y avoir des sanctions.» Il assure que «nous faisons régulièrement des rappels à la règle, et j’en referai un. Les policiers doivent systématiquement utiliser leurs caméras piétons».
Analyse
Laurent Nuñez a enfin précisé le calendrier de plusieurs textes législatifs. A propos de la proposition de loi instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, qu’il soutient mais qui n’a pu être examinée lors de la niche LR, le ministre assure avoir «demandé qu’elle soit rapidement remise à l’ordre du jour du Parlement afin de terminer son examen». Il assure aussi que le projet de loi étendant les pouvoirs des polices municipales, dont l’examen débutera le 3 février au Sénat, pourrait être adopté avant les prochaines élections municipales. Enfin, à propos du projet de loi police du quotidien, qui contient tout un arsenal de mesures contre le narcotrafic, «il sera examiné en Conseil des ministres avant les élections municipales et voté d’ici à l’automne».




