
Voyage en territoires stupéfiants : à Alès, «c’est fini, le trafic de papa»
«Libé» sur les routes du narcotrafic
L’enchaînement de séquences est tristement classique. Une mort à Marseille, celle de Mehdi Kessaci, qui oblige à regarder le problème en face, des ministres – surtout ceux de l'Intérieur et de la Justice – dépêchés en urgence, une grosse opération coup de poing de la police, avec interpellations et saisies de produits. Et cette fois en prime, une visite présidentielle, probablement mardi 16 décembre, pour marteler que l’Etat mène «la guerre» contre le narcotrafic. D'ailleurs, on ne dit plus trafic de drogue : en vingt ans de lutte, c’est surtout le vocabulaire qui a changé. Place nette XXL, DZ mafia, narcoville... «Libé» a voulu s'éloigner de l'épicentre médiatique marseillais pour se confronter à d'autres réalités du trafic de drogue, ces territoires voisins où les réseaux gagnent du terrain, de façon plus ou moins confidentielle, plus ou moins violente. Sur la route, des villes moyennes, un petit village, des montagnes presque enneigées, et surtout des acteurs de terrain, maires volontaires, policiers de proximité, avocats en détresse, consommateurs ordinaires… Voyage en territoires stupéfiants.
Le jeune homme se tient dans le box, tête baissée et mains croisées dans son dos. Ali a 22 ans, son casier mentionne deux condamnations pour conduite sans permis. C’est la première fois, lundi 8 décembre, qu’il comparaît pour la vente de produits stupéfiants à Cendras, à la sortie d’Alès, dans le nord du Gard. Un jour où ils fouillaient sur Snapchat, les gendarmes sont tombés sur des comptes relayant le quotidien du point de vente local, ouverts à partir de sa ligne téléphonique.
Lors de leur perquisition au domicile de sa mère, où Ali vit, ils ont trouvé du cannabis, de la cocaïne et même un peu d’héroïne dans une chaussette, une petite balance et des sachets de conditionnement. Son portable aussi s’est révélé très parlant, relève encore la présidente du tribunal correctionnel. Notamment ces photos de lui avec des armes, ou cette vidéo dans laquelle, avec d’autres, il s’en prend à un client mauvais payeur. «Si je vends cinq grammes de cocaïne, c’est le bout du monde !» se défend le jeune homme, un œil inquiet sur sa mère assise au fond de la salle.
L’ombre de la DZ mafia
La présidente revient à la charge : «Il y a quand même un certain nombre d’éléments qui laissent penser que vous êtes dans une activité un peu plus organisée que vous ne le présentez…» Comme ces pseudos qu’il se donne sur ses réseaux : «Cosa nostra» ou «Salvatore Riina», référence à l’un des parrains les plus féroces de la mafia sicilienne. «C’est parce que j’étais en pleine série télé, assure Ali. Je ne sui