
Voyage en territoires stupéfiants : à Carpentras, la drôle de guerre entre police municipale et petites mains du narcotrafic
«Libé» sur les routes du narcotrafic
L’enchaînement de séquences est tristement classique. Une mort à Marseille, celle de Mehdi Kessaci, qui oblige à regarder le problème en face, des ministres – surtout ceux de l'Intérieur et de la Justice – dépêchés en urgence, une grosse opération coup de poing de la police, avec interpellations et saisies de produits. Et cette fois en prime, une visite présidentielle, probablement mardi 16 décembre, pour marteler que l’Etat mène «la guerre» contre le narcotrafic. D'ailleurs, on ne dit plus trafic de drogue : en vingt ans de lutte, c’est surtout le vocabulaire qui a changé. Place nette XXL, DZ mafia, narcoville... «Libé» a voulu s'éloigner de l'épicentre médiatique marseillais pour se confronter à d'autres réalités du trafic de drogue, ces territoires voisins où les réseaux gagnent du terrain, de façon plus ou moins confidentielle, plus ou moins violente. Sur la route, des villes moyennes, un petit village, des montagnes presque enneigées, et surtout des acteurs de terrain, maires volontaires, policiers de proximité, avocats en détresse, consommateurs ordinaires… Voyage en territoires stupéfiants.
Dans le petit bureau à l’étage du poste de police municipale, le brigadier-chef Jessy Lefevre s’équipe : gilet pare-balles, bâton télescopique, pistolet semi-automatique, gazeuse 500 ml… Le casque «MO» (pour maintien de l’ordre) l’attend déjà dans le Ford Ranger, près du bouclier antibalistique. Son équipier du jour, Sébastien Lozito, contrôle le LBD – le Taser restera au placard ce vendredi 5 décembre. Le directeur adjoint du pôle sécurité, Sébastien Maylie, les a rejoints. Ne reste plus qu’à libérer de son enclos Falco, le malinois du brigadier-chef, qui pleure d’impatience. «C’est bon, gros, lui lance son maître avec douceur, on va au boulot.» Il est 15 heures, la brigade mobile d’intervention (BMI) de Carpentras débute sa tournée.
Il faut compter à peine plus d’une heure de route depuis Marseille pour rejoindre la sous-préfecture du Vaucluse. Carpentras, 30 800 habitants, trois points de deal en pleine forme. Dans un département qui cumule les marqueurs de pauvreté, l’ancienne capitale du Comtat Venaissin, par ailleurs plutôt tranquille, n’a pas attendu la poussée territoriale des réseaux marseillais pour se faire une place sur la carte du stup sudiste. Sans égal