Un monsieur à la chemise à carreaux surgit dans la boutique sans prévenir. Il n’a ni le numéro de la pompe en tête, ni la carte bancaire en main. Mais une certitude : le sans-plomb ne coule plus. Un autre client lui emboîte le pas. «Ça ne marche pas chef !» Un coup d’œil à la station-service, un autre dans l’arrière-boutique. Il n’est pas 9 h 30 que le pompiste Stéphane Cheneau annonce aux deux hommes : «C’est fini le 98. Il n’y en a plus sur toutes les pompes. On est vide de partout. On ne fait que du gazole.» Le gérant de cette station Avia du centre-ville de Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes) a été livré la veille. Les 8 000 litres d’essence n’ont pas tenu 24 heures. Depuis la grève dans les raffineries, ces disettes sont le quotidien de la vie de pompiste.
Les deux clients repartent bredouille. La nouvelle routine de Stéphane Cheneau, c’est de jongler entre essence et patience. A chaque pistolet, il scotche le même message : «98 HS.» A chaque portière, la même déception. Il y a les gentils jurons et les rires fatalistes. Il y a Anne-Marie et sa Fiat 500 turquoise. La retraitée avait pour




