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Le sondage très critiqué sur l’antisémitisme à l’université est finalement retiré

Le Centre de recherches politiques de Sciences Po et l’Ifop ont annoncé ce mardi 2 décembre l’interruption de l’enquête portant sur les actes antisémites dans l’enseignement supérieur. Sa méthodologie était fortement remise en question.

La façade de Sciences Po le 16 novembre 2025. (Pierre Larrieu/Hans Lucas. AFP)
Publié le 02/12/2025 à 22h12, mis à jour le 02/12/2025 à 22h13

Plus que contestée, l’étude est finalement interrompue. Commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur, le sondage sur l’antisémitisme à l’université a été retiré, a fait savoir ce mardi 2 décembre le Centre de recherches politiques de Sciences Po et l’Ifop.

La méthodologie de l’enquête rendue publique le mardi 18 novembre a été vertement contestée par observateurs et experts. Pendant plusieurs jours, la publication a suscité un fort émoi dans la communauté académique.

«Les conditions de sérénité et donc de participation suffisante n’étant plus réunies malgré l’importance du sujet, le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) et l’Ifop ont décidé d’interrompre l’enquête dans sa forme initiale après en avoir informé le ministère», a fait savoir Sciences Po. «Il a été convenu de mettre un terme à l’enquête», peut-on lire lorsque l’on clique sur le lien du sondage Ifop.

Cette enquête s’inscrivait «dans un travail confié par le ministère de l’Enseignement supérieur aux équipes de recherche impliquées, visant à mieux documenter les expériences et perceptions des personnels sur les actes antisémites dans l’enseignement supérieur», ajoute le message.

Pas d’annonce formelle du ministre de l’Enseignement supérieur

Vendredi 28 novembre, la FSU, la Ligue des droits de l’homme (LDH) et six enseignants-chercheurs ont déposé un recours en urgence devant le Conseil d’Etat, lui demandant d’imposer au ministère de prendre des mesures «permettant d’interrompre […] la réalisation des opérations de sondage», selon un recours dévoilé par le Monde et Mediapart.

«Le lien est désactivé mais il n’y a pas d’annonce formelle du ministre comme quoi il a abandonné le recours au questionnaire», pointe ce mardi soir Marion Ogier, avocate des requérants, soulignant aussi «le sort des données déjà collectées, qui permettent d’identifier ceux qui ont répondu et leurs opinons politiques et religieuses».

Le ministère avait mandaté une équipe du Cevipof pour bâtir une enquête sur l’antisémitisme dans le monde universitaire, avec «l’expertise de la communauté scientifique, afin de qualifier, quantifier et analyser ce phénomène avec la rigueur nécessaire».

«Un certain nombre de problèmes»

Dans un courrier du 18 novembre, il demandait aux présidents d’universités de diffuser le questionnaire à l’«ensemble de (leurs) personnels», ce que de nombreux présidents d’universités ont refusé de faire. L’enquête «pose un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées, ce qui explique l’émoi considérable qu’elle a suscité dans la communauté universitaire», avait répondu au ministère l’association France Universités.

Face aux critiques, le Cevipof, qui a fait appel à l’institut de sondage Ifop, avait défendu sa méthodologie et assuré que «toutes les garanties» avaient été mises en place «pour préserver l’anonymat des répondants». Le sondage de 44 pages, auto-administré en ligne, demandait par exemple de classer de «tout à fait vraie» à «tout à fait fausse» certaines «opinions que l’on entend parfois à propos des juifs», comme «globalement les juifs sont plus riches que la moyenne des Français».

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