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Un rapport sur la communauté religieuse des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre révèle quarante ans d’«emprise» et des faits de maltraitance physique

Les abus dénoncés remontent à une période allant «de 1969 à 2012». La commission appelle à leur reconnaissance officielle par l’Eglise, ainsi qu’à des mesures de réparation.

La basilique du Sacré-Cœur illuminée en rouge, le 19 novembre 2025. (Carine Schmitt/Hans Lucas. AFP)
Publié le 15/01/2026 à 11h36

Une sordide affaire derrière l’un des monuments les plus connus de Paris. Un rapport publié mercredi 14 janvier détaille un système d’«emprise» frôlant la dérive sectaire qui a régné pendant quarante ans au sein des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, chargées de l’animation spirituelle de la basilique. En cause : des faits de chantage, des abus financiers et d’autorité, et des violences physiques et psychologiques.

Les sœurs avaient déjà reconnu en 2023 qu’un «système d’emprise, aux conséquences graves et durables», s’était installé dans leur communauté pendant plusieurs décennies. Une commission, mandatée l’année suivante par la congrégation et présidée par l’ancien haut fonctionnaire Hervé Giaume, a recueilli le témoignage de 114 sœurs, dont la plupart sont encore en activité. Elles font état de 1 489 faits d’abus sur une période allant «de 1969 à 2012».

Sur un document de 142 pages, la commission décrit le système mis en place par l’ancienne supérieure, mère Marie Agnès, à l’«autorité excessive et inappropriée» avec «une dérive manifeste dans tous les domaines». Morte en 2016, la religieuse, aidée de deux acolytes, repérait les zones de vulnérabilité des sœurs qu’elle surveillait, harcelait et manipulait dans «une structure de type pervers narcissique», évoque la commission.

«Une soumission médicamenteuse pour les plus récalcitrantes»

S’il n’y a pas eu de violences sexuelles, les Bénédictines ont pu être maltraitées physiquement, comme lors de «repas forcés et déséquilibrés» et des «gavages allant jusqu’aux vomissements». Le rapport détaille également une «suractivité» imposée aux sœurs pour «empêcher toute prise de recul», et même une «soumission médicamenteuse pour les plus récalcitrantes».

Recrutées très jeunes, coupées de leur famille, les sœurs devaient accepter que leurs parloirs soient écoutés et leur courrier lu. «L’espionnage, l’incitation à la délation et le chantage sont présents dans tous les prieurés et sanctuaires», ajoute le rapport qui parle de «contexte clairement marqué par une dérive sectaire».

Sur le plan financier la congrégation «prenait en main les biens des sœurs dès le postulat [première étape de la vie d’une religieuse, ndlr]», avec parfois des «comptes bancaires et livrets vidés, héritages captés» par le trio dirigeant, au «train de vie fastueux» rythmé par des vacances sur la Côte d’Azur ou des investissements immobiliers autour de Vernon (Normandie).

La commission, qui émet 58 préconisations, appelle à plusieurs mesures de réparation, comme des indemnisations et des remboursements, ainsi qu’à une reconnaissance officielle par l’Eglise, alors que le diocèse de Paris «n’a pas exercé pleinement son rôle de vigilance».

Elle souligne par ailleurs que, grâce à des «changements importants» engagés depuis 2014, la congrégation «a retrouvé aujourd’hui un fonctionnement normal mais encore fragile».

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