Un chiffrage à la hauteur des inquiétudes. Depuis des années, des voix s’élèvent pour dénoncer le manque de moyens financiers et humains pour accompagner les personnes âgées qui en ont besoin. Le vieillissement de la population, tant chroniqué, ne va rien arranger. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, dépendante des ministères sociaux, le confirme ce jeudi 5 février : selon ses projections, «entre 150 000 et 200 000 emplois» supplémentaires pourraient être nécessaires en 2050 pour «prodiguer des soins de base aux personnes âgées en perte d’autonomie».
Dans moins de 25 ans, la Drees estime que 22,9 millions de personnes âgées plus de 60 ans vivront en France, soit cinq millions supplémentaires par rapport à 2021. Elle table sur une hausse de 738 000 seniors en perte d’autonomie.
Si «les pratiques actuelles d’entrée en Ehpad» restent les mêmes, 365 000 nouvelles places devraient être créées (il y en avait 640 000 en 2021). «202 000 emplois supplémentaires seraient nécessaires» pour s’occuper des résidents. Or la tendance suit plutôt une courbe inverse : le nombre de places dans ces établissements, dont beaucoup ont été épinglés ces dernières années pour leurs manques de moyens et maltraitances systémiques, a «légèrement diminué entre 2019 et 2023». L’une des raisons : «Les politiques publiques privilégient le soutien des personnes âgées à domicile.»
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Si cette préférence des soins à domicile se confirme, ce sont plutôt «156 000 emplois supplémentaires d’aides à domicile ou d’aides-soignants en Ehpad» qui seraient nécessaires en 2050. De quoi poser un «défi de recrutement» puisque les professionnelles vont devoir être renouvelées : «En 2022, 34 % des aides à domicile |avaient] 55 ans ou plus», détaille le rapport.
Augmentation des colocs intergénérationnelles ou résidences autonomies
Dans le cas où le nombre de places en Ehpad n’augmenterait pas, la Drees table sur une augmentation des habitats intermédiaires, comme les colocations intergénérationnelles ou les résidences autonomies. Les 113 000 places que proposent actuellement ces structures devraient alors être multipliées «entre 3,8 et 5,2» d’ici à 2050.
Quoi qu’il en soit, ces besoins croissants appellent à des politiques publiques d’ampleur. Mal parties pour le moment. La promesse d’une grande loi sur l’autonomie, formulée dès le premier quinquennat Macron, se fait toujours attendre par les acteurs du secteur, malgré l’adoption en 2023 d’une loi sur le bien vieillir jugée timide. Les annonces sur les premières mesures du plan «grand âge» viennent d’ailleurs d’être décalées de «courant janvier» à «début février» par le ministère chargé de l’Autonomie. Mais le futur départ de la ministre Charlotte Parmentier-Lecocq, annoncé mercredi, pourrait encore les retarder.




