La colère montait depuis déjà plusieurs semaines chez les blouses blanches. Chose rare, les représentants des médecins libéraux ont fini par parler d’une même voix. Contre le budget de la Sécu, sur lequel les parlementaires n’arrivent pas à s’entendre. Réunis en intersyndicale ce mercredi 26 novembre, les sept syndicats représentatifs (MG France, CSMF, FML et UFML pour les généralistes, Avenir Spé /Le Bloc, UFML et SML pour les spécialistes) et d’autres organisations comme Jeunes Médecins et Médecins pour demain ont signé un appel à la grève.
Ils enjoignent «tous les médecins libéraux, quelle que soit leur spécialité, tous les internes et les étudiants en médecine» à former une «mobilisation générale». Donc à «reporter dès aujourd’hui» tous les rendez-vous prévus à partir du 5 janvier et à «soutenir» voire «amplifier» les actions déjà lancées, comme un mouvement de grève dans le sud-est de la France prévu le 3 décembre. Une «grande manifestation nationale» est annoncée le 7 janvier à Paris.
Dépassements d’honoraires et rentes
Pour les syndicats, le projet de budget de la Sécu constitue une «attaque inédite depuis la création de la Sécurité sociale en 1945» contre la médecine libérale. En l’état, le texte conduirait à «supprimer la négociation conventionnelle». Allusion à l’article 24, qui prévoit la possibilité pour l’Assurance maladie de revoir unilatéralement les tarifs de certains secteurs quand une rentabilité excessive est constatée. Dans le viseur : la radiothérapie, l’imagerie, la dialyse ou la néphrologie. La Fédération nationale de radiologie s’y était déjà opposé en appelant à la grève le 10 novembre.
L’article 26 et sa sur-cotisation sur les dépassements d’honoraires des médecins de secteur 2 (conventionnés à dépassement d’honoraires) et les revenus du secteur 3 (non conventionnés) alimentent tout autant la colère. Le syndicat de chirurgiens Le Bloc (premier chez les médecins spécialistes avec Avenir Spé) avait déjà promis, dès le début du mois, un «exil» à Bruxelles en janvier en guise de protestation.
Un amendement socialiste, adopté à l’Assemblée nationale et prévoyant la suppression d’abattements fiscaux dont bénéficient les médecins conventionnés n’arrange rien à cette grogne. Tout ceci ajouté à une augmentation très réduite de l’enveloppe budgétaire prévue pour la médecine de ville en 2026 - une progression de 0,9 % par rapport à cette année, tandis que celle de l’hôpital augmenterait de 2,4 %.
«Attaque» contre la profession
«Je n’ai jamais vu d’attaque aussi importante contre la profession, et de colère aussi importante. On voit tous les jours des médecins qui disent : «Je déplaque»», a insisté le président du syndicat ultra-libéral UFML, Jérôme Marty, en conférence de presse. Il avait déjà annoncé ce matin
Parmi les actions prévues, les syndicats demandent aux médecins de ne pas «signer les contrats d’engagements France Santé» (labellisation de structures médicales capables de proposer un rendez-vous en moins de 48 heures), énième solution aux déserts médicaux brandie par Sébastien Lecornu dès son arrivée à Matignon.
Pour maintenir la pression, ils appellent, dès le 3 décembre, à ne plus alimenter le dossier médical partagé (DMP) et à «systématiser la demande de validation des arrêts de travail par le service médical» de l’Assurance maladie.




