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Précaution

Eaux minérales Perrier : des millions de bouteilles bloquées en raison de plusieurs épisodes de non-conformité

D’après Radio France, près de 4 millions de bouteilles de l’usine de Vergèze, dans le Gard, sont retenues après une «anomalie dans les analyses» en novembre. Nestlé assure que «l’eau minérale naturelle Source Perrier peut être bue en toute sécurité».

L'entrée de l'usine de Perrier à Vergèze, le 18 novembre 2025. (Manon Cruz/REUTERS)
Publié le 03/12/2025 à 12h30

Comme une impression de déjà-vu. Coup sur coup, les deux derniers forages servant à la production d’eau minérale naturelle Perrier à Vergèze, dans le Gard, ont été fermés fin novembre, annonce Radio France ce mercredi 3 décembre. Nestlé confirme auprès du média public avoir «détecté une anomalie dans l’une de ses analyses» et avoir «suspendu temporairement un forage pour réaliser des analyses complémentaires». Pour l’autre, il s’agissait simplement d’une panne de courant. La multinationale précise : «L’eau minérale naturelle Source Perrier peut être bue en toute sécurité.»

Si la production des deux forages a été relancée le 28 novembre, ce nouvel accro vient s’ajouter à la longue liste des problèmes constatés au sein de l’usine de Vergèze ces derniers mois. Depuis que Nestlé a été contraint par la préfecture du Gard en mai de changer de microfiltres (passant de 0,2 micron à 0,45 micron), 27 épisodes «de non-conformité liés à des écarts bactériologiques ont été signalés par Nestlé aux autorités sanitaires», a confirmé l’ARS à Radio France.

Cinq d’entre eux sont toujours en cours d’analyse, «dont deux pour des bactéries pathogènes», ce qui fait que 2 415 palettes, pouvant contenir jusqu’à 1 700 bouteilles, sont bloquées par les autorités. Soit environ 4 millions de bouteilles qui attendent toujours de partir dans nos magasins.

Plusieurs millions de bouteilles détruites l’an passé

En 2024, Nestlé avait déjà dû détruire 3 millions de bouteilles «en raison d’un épisode de contamination par des bactéries issues de germes fécaux», rappelle Radio France. En avril 2025, la cellule investigation de Radio France expliquait également qu’environ 300 000 bouteilles de Perrier produites au sein de l’usine de Vergèze avaient été détruites après une contamination à des bactéries pathogènes de l’intestin (entérobactéries). L’entreprise avait, selon le média public, traîné à prévenir les autorités sanitaires.

Depuis plusieurs mois, la filiale eaux du géant suisse de l’agroalimentaire fait l’objet d’une polémique concernant son usage, par le passé, de traitements de désinfection de ses eaux, non dangereux mais interdits pour les eaux minérales naturelles. Une commission d’enquête sénatoriale, mise en place en novembre, a mené une centaine d’auditions pour éclairer sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille. Dans leurs conclusions, les parlementaires ont révélé qu’un rapport de l’Agence régionale de santé a été caviardé à l’initiative de Nestlé afin notamment d’édulcorer la pollution de ses eaux.

Saisi par l’UFC-Que Choisir, le tribunal judiciaire de Nanterre a autorisé mi-novembre Nestlé à continuer de commercialiser ses eaux Perrier sous le label «eau minérale naturelle». Le dossier est loin d’être clos pour autant, comme rappelait à Libération il y a quelques semaines la sénatrice écologiste de Paris Antoinette Guhl, qui a œuvré au sein de la commission d’enquête parlementaire sur les eaux minérales : «Il ne reste plus que deux puits autorisés à produire de l’eau minérale naturelle Perrier sur les huit qui existaient initialement. La demande d’UFC-Que choisir portait sur un retrait temporaire. Attendons maintenant les conclusions de l’hydrogéologue indépendant mandaté. C’est à partir de son analyse et de la décision attendue du préfet du Gard que nous saurons si la pureté originelle de l’eau Perrier existe encore.»

Le final cut appartient effectivement à l’autorité administrative et au représentant de l’Etat dans le département concerné. D’ici la fin de l’année, le préfet du Gard prendra un arrêté très attendu sur la poursuite ou l’interdiction de la commercialisation de Perrier. Dans le même temps, le préfet des Vosges devra lui se prononcer sur le maintien ou nom de la qualité d’eau minérale naturelle pour les marques Hépar et Contrexéville, également propriétés de Nestlé.

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