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Expérimentation prolongée, remboursement pas encore décidé : la généralisation du cannabis thérapeutique toujours à la peine

Depuis le vote en 2023 des mesures permettant son autorisation à usage thérapeutique, le dossier n’avance pas. Dernier coup de frein en date, la Haute autorité de santé s’est dite impuissante mardi 23 décembre à évaluer l’intérêt de cette légalisation dans les délais prévus, faute de décret.

Le cannabis peut être utilisé pour soulager les douleurs et l'anxiété. (Valerie Dubois Valérie Dubois/Valérie Dubois)
Publié le 26/12/2025 à 11h54

Un pas en avant, deux pas en arrière. La Haute autorité de santé (HAS) a annoncé le 23 décembre qu’elle ne serait pas en mesure d’évaluer dans les délais voulus l’intérêt thérapeutique du cannabis médical, étape clé vers une possible généralisation. Un nouveau ralentissement pour un dossier qui a déjà connu de nombreux contretemps.

Le cannabis peut être utilisé dans un contexte médical pour lutter contre la douleur et l’anxiété, comme le permettent déjà de nombreux pays. Une première expérimentation s’est déroulée en France en 2021, qui a convaincu les parlementaires : en 2023, ces derniers ont validé des dispositions assurant la légalisation de ces traitements. Mais deux ans plus tard, l’usage du cannabis thérapeutique n’est toujours pas généralisé.

2025 s’annonçait pourtant prometteuse pour ce dossier. Au mois de mars, le ministère de la Santé avait annoncé avoir «notifié» à la Commission européenne les «textes définissant le cadre de production et d’autorisation du cannabis à usage médical», une formalité administrative cruciale pour débloquer une situation enlisée.

Expérimentation prolongée jusqu’en 2026

Mais la HAS ne s’est pas encore prononcée sur le remboursement potentiel de ces traitements par l’Assurance maladie. L’autorité devait tenir ses deux premières séances de travail fin janvier et début février, en auditionnant notamment l’agence du médicament (ANSM), qui a mené l’expérimentation, et des experts indépendants.

Elle ne sera cependant pas en mesure de le faire, a-t-elle expliqué dans un communiqué publié mardi 23 décembre, car le gouvernement n’a pas encore publié le décret nécessaire pour fixer les critères de cette évaluation. «La HAS poursuit toutefois toujours l’instruction de ces travaux avec notamment la mise à jour de la littérature scientifique sur ces médicaments dans les indications concernées», assure-t-elle.

Si le gouvernement traîne des pieds, c’est aussi parce que les bénéfices réels des traitements à base de cannabis font toujours l’objet de controverses médicales. La substance permettrait d’améliorer de façon «limitée» voire «très limitée» la situation des patients, selon la principale étude de référence sur le sujet, publiée en 2021 dans le British Medical Journal et réalisée à partir de nombreux autres travaux.

Qu’en est-il des patients qui ont aujourd’hui recours au cannabis thérapeutique pour soulager leurs pathologies ? L’expérimentation à laquelle ils participent est prolongée jusqu’à mars 2026, ce qui leur permet de bénéficier d’un régime dérogatoire au sein duquel leurs traitements sont remboursés. Alors qu’elle devait initialement prendre fin à la fin de l’année 2024, elle avait été rallongée in extremis une première fois jusqu’à l’été 2025.

Le gouvernement «doit garantir qu’aucun patient déjà traité ne subira de rupture de couverture ou de continuité de traitement du fait de retards administratifs», demande le président de l’Uivec, Ludovic Rachou, cité dans le communiqué. Si l’expérimentation devait s’arrêter avant la généralisation des médicaments à base de cannabinoïdes, les 3 000 participants seraient confrontés à un sevrage brutal, alors que 70 % d’entre eux témoignent d’une amélioration de leur qualité de vie.

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