«Des situations de type harcèlement entre élèves sont malheureusement une réalité dès l’âge de 6 ans», conçoit Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France. Sur la base de ce constat, l’agence publie, ce jeudi 22 janvier, les résultats d’une étude sur le harcèlement et les comportements agressifs chez les enfants de 6 à 11 ans. Le projet s’inscrit dans le cadre de l’enquête Enabee, mise en place en 2022 par Santé publique France et qui vise à approfondir les connaissances sur le bien-être et la santé mentale des enfants âgés de 3 à 11 ans.
Les résultats reposent sur un échantillon de près de 8 200 enfants scolarisés du CP au CM2 en France. Les enseignants et les parents ont également été interrogés sur deux questions : «Votre enfant/élève est-il harcelé ou tyrannisé par d’autres enfants ?» et «Se bagarre-t-il souvent avec les autres enfants ou les tyrannise-t-il ?» L’étude révèle que 16,4 % des enfants sont victimes probables de harcèlement, 17,9 % ont des comportements agressifs et 6,1 % sont à la fois victimes probables de harcèlement et ont des comportements agressifs. Il est précisé que ces trois groupes présentent des indicateurs dégradés de santé mentale de type émotionnels, oppositionnels (comportements hostiles), d’inattention ou d’hyperactivité. Ceux cumulant victimisation et agressivité sont d’autant plus concernés par ces troubles.
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«13 % des enfants scolarisés et âgés de 6 à 11 ans présentent au moins un trouble de santé mentale», rappelle Michel Vernay, directeur de la direction des maladies non transmissibles et traumatismes chez Santé publique France. Parmi eux, seuls 53 % déclarent avoir eu recours à des soins.
«Caractérisation des profils impliqués»
L’étude insiste à plusieurs reprises sur l’importance d’un meilleur repérage des enfants impliqués dans des situations de harcèlement. L’enjeu, explique Mariane Sentenac, chargée de projets scientifiques sur l’enquête Enabee chez Santé publique France, est d’établir «une caractérisation des profils impliqués». Si elle admet que ces facteurs ne sont pas déterminants, elle avance qu’une telle catégorisation peut permettre de mieux repérer certaines situations à risque.
Dans un premier temps, l’étude s’arrête ainsi sur les «vulnérabilités individuelles et familiales» qui pourraient conduire au harcèlement. Parmi elles : les enfants avec des troubles des apprentissages, ceux bénéficiant d’au moins un dispositif d’accompagnement à la scolarité, nés prématurément, en situation de surpoids ou d’obésité, ainsi que ceux avec de moindres compétences prosociales (le souci de l’autre) seraient plus fréquemment des victimes probables de harcèlement ou auraient des comportements agressifs. Un antécédent de violence subie (de la part d’une personne de plus de 15 ans) est aussi davantage associé à des comportements agressifs chez les enfants.
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Par ailleurs, l’enquête identifie les filles comme des victimes plus probables de harcèlement, tandis que les garçons sont plus sujets à des comportements de type agressif. Les familles monoparentales, les parents déclarant une situation financière perçue comme difficile ou présentant des troubles dépressifs ou d’anxiété sont également «associés à l’implication de l’enfant dans des situations de harcèlement», en tant qu’auteur ou victime. L’usage des réseaux sociaux, enfin, est présenté comme plus fréquent chez les enfants avec des comportements agressifs que les autres.
«Créer un climat scolaire protecteur»
Pour Mariane Sentenac, cette étude «confirme surtout l’importance d’un repérage précoce et d’une prise en charge des situations de harcèlement dès le plus jeune âge». En dix ans, la lutte contre le harcèlement scolaire est devenue une priorité pour le ministère de l’Education nationale. Un dispositif de prévention et de prise en charge, baptisé Phare, a été mis en place en 2021 et rendu obligatoire dans toutes les écoles et collèges en 2022, puis dans les lycées l’année suivante. En 2022, la loi Balanant a fait du harcèlement scolaire un délit spécifique.
Santé publique France propose plusieurs solutions : être en mesure de catégoriser les sujets à risque permettra déjà «d’outiller les adultes et d’améliorer le repérage» explique Marianne Sentenac. Pour assurer une meilleure prévention, l’agence avance «le développement des compétences psychosociales» de l’enfant. Ces compétences incluent notamment l’empathie, la capacité à mieux identifier et réguler des émotions comme le stress, les compétences cognitives qui peuvent permettre une meilleure résolution des problèmes par le dialogue, les compétences sociales qui jouent sur le bien vivre ensemble, en vu de «créer un climat scolaire protecteur et inclusif», précise l’étude.
Dans ce contexte, l’agence a contribué à la mise en place du kit empathie de l’Education nationale, généralisé à la rentrée 2024, qui constitue un ensemble de ressources pédagogiques dédiées aux enseignants pour apprendre l’empathie aux élèves. L’agence soutient également des outils d’information tels que CléPsy ou Psycom pour sensibiliser les professionnels de l’éducation et les familles au harcèlement. Et le 3018, numéro national gratuit et anonyme, porté par l’association e-Enfance pour venir en aide aux enfants victimes de harcèlement et à leurs familles.
Si vous êtes témoin ou victime de harcèlement ou de cyberharcèlement, appelez le numéro gratuit d’écoute 3018, joignable 7 jours sur 7 de 9 heures à 23 heures, ou rejoignez le tchat sur 3018.fr.




