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Grève des médecins : «Quelques endroits» déjà concernés par les réquisitions, affluence inhabituelle ce lundi dans les hôpitaux publics

Annoncée «massive» par les syndicats, la mobilisation commencée ce 5 janvier doit durer au moins dix jours et pourrait s’intensifier. Entre 30 et 50% d’activité supplémentaires dans les centres du SAMU sont rapportés de source syndicale.

Manifestation des médecins libéraux à Paris, le 5 janvier 2023. (Albert Facelly/Libération)
Publié le 05/01/2026 à 10h48, mis à jour le 05/01/2026 à 19h53

Le mouvement de grève «massif» annoncé depuis plus d’un mois par les syndicats s’est concrétisé ce 5 janvier. Au premier jour de la mobilisation des médecins libéraux, certains cabinets sont fermés et les cliniques privées ont commencé à réduire la voilure. Conséquence : les patients se tournent vers le Samu et les hôpitaux publics. A travers le pays, «on a entre 30 et 50 % d’activités supplémentaires au niveau des centres de réception et de régulation des appels», rapporte auprès de Libération Jean-François Cibien, président d’Avenir Hospitalier et vice-président de Samu-Urgences de France.

«Je régule depuis ce matin, je suis venu en renfort. On a plus de 45 minutes de délai pour répondre. On fait le maximum pour décrocher au plus vite et orienter les patients vers la bonne prise en charge», témoigne l’urgentiste d’Agen (Nouvelle Aquitaine). C’est-à-dire, pour ceux qui le nécessitent, les envoyer aux urgences hospitalières - qui doivent déjà faire face à des tensions dues notamment à l’épidémie de grippe.

Le CHU de Montpellier constate par exemple, dans un communiqué envoyé en fin de journée ce lundi, «une très forte activité toutes spécialités confondues», avec un fort accroissement du recours aux urgences. «Avant tout déplacement, il est fortement recommandé d’appeler le 15. [Il] n’est pas réservé uniquement aux urgences vitales», insiste l’établissement. Même son de cloche aux urgences du CHU de Nice, «l’afflux ne faiblit pas, soupire Pierre-Marie Tardieux, chef du pôle. Nous allons rediriger les patients à l’entrée vers les autres services d’urgences du département, pendant au moins deux heures». A l’inverse, la direction de la communication de l’AP-HP (les hôpitaux parisiens), contactée par Libération, ne relève de son côté «aucun impact» sur ses activités pour le moment.

«En régulation, on n’envoie pas tous les patients aux urgences, on essaie de donner des conseils, on faxe des ordonnances… décrit Jean-François Cibien. La grève est partie pour durer : on va rappeler du personnel, notamment des assistants de régulation médicale, qui feront certainement des heures supplémentaires.» Alors que ces structures font déjà face, à différents degrés selon les endroits, à des manques chroniques de moyens et de personnel.

Pour autant, la solidarité est de mise au moment de commenter le mouvement : «On comprend, en tant qu’hospitaliers, les griefs de nos collègues libéraux», insiste le syndicaliste. L’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH), l’un des deux principaux regroupements de médecins hospitaliers dont il est délégué général, a d’ailleurs exprimé ce lundi son «soutien» aux libéraux grévistes, victimes comme l’hôpital d’une «dégradation continue des conditions d’exercice» et d’une «fragilisation du système de santé».

Réquisitions pour maintenir l’offre de soins

«Si votre rendez-vous concerne une urgence, vous serez pris en charge aujourd’hui», avait rassuré la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, ce lundi matin sur le plateau de France 2, dans une énième opération désamorçage. Elle y avait assuré que «les mesures nécessaires» seraient prises pour maintenir la permanence des soins.

«Nous avons, territoire par territoire, avec les Agences régionales de Santé, les professionnels […] étudié s’il y avait besoin ou pas d’éventuellement réquisitionner», avait-elle expliqué, comme elle l’avait déjà fait la veille dans le quotidien local la République du Centre. C’est-à-dire contraindre des médecins à travailler pour assurer une offre minimale de soins. «Il y a quelques endroits où il faut demander à des médecins de ne pas se mettre en grève», avait concédé Stéphanie Rist, sans donner plus de détails.

Elle a dans le même temps répété son attachement «au droit de grève» et s’est dite soucieuse de renforcer «le dialogue»… Il ne faudrait pas fâcher davantage la profession. La colère fuse depuis des semaines, voire des mois. Dans une concorde assez rare, l’ensemble des organisations représentatives des médecins libéraux (généralistes comme spécialistes), celles de la jeune génération et des étudiants ont appelé leurs confrères et consœurs à se mobiliser à partir du 5 janvier, au moins jusqu’au 15. La Fédération de l’hospitalisation privée et quelques syndicats d’infirmières les ont rejoints.

Le mouvement, qui a débuté avec la fermeture de certains cabinets, ou une réduction d’activité pour d’autres, doit s’intensifier et mener à une «grève dure», avec notamment «l’arrêt des blocs opératoires» des cliniques du 10 au 14 janvier, et une manifestation à Paris samedi après-midi. Les patients déjà hospitalisés continueront d’être soignés mais les personnes arrivant aux urgences ou à la maternité seront, sauf urgences vitales, «transférées vers l’hôpital public», selon les syndicats.

Parmi les griefs, se trouve un budget de la Sécu insuffisant, un contrôle accru des prescriptions d’arrêts de travail ou encore des mesures permettant aux autorités de baisser «de façon autoritaire» les tarifs de certains actes, en «contournant» le dialogue social. Les grévistes médecins craignent aussi la restriction de leur liberté d’installation, objet de textes en cours d’examen au Parlement.

Ampleur difficile à prévoir

Si les leaders de la mobilisation promettent un mouvement «sans précédent», il est difficile, à l’heure actuelle, de prédire son ampleur et les conséquences exactes sur le système de soins. Elles s’égrèneront vraisemblablement au fil du mouvement. «Les médecins libéraux n’ont pas l’obligation de se déclarer en grève», a justement rappelé Stéphanie Rist.

Du côté des cabinets de ville, Jeunes médecins Ile-de-France a tout de même lancé une plateforme pour leur permettre de se compter. Plus de 15 500 se sont déjà enregistrés, «principalement des médecins libéraux, pour moitié des généralistes», a détaillé Anna Boctor auprès de Libé, présidente du syndicat. Le Bloc, qui représente chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens a fait savoir qu’environ 2 000 d’entre eux (soit 15 % de l’effectif français, secteur privé uniquement) iront s’exiler symboliquement à Bruxelles du 11 au 14 janvier.

Mise à jour à 17 h 42 avec les déclarations de Jean-François Cibien sur l’activité du Samu ; à 18 h 56 avec les éléments de l’AP-HP.
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