Majdouline B. bientôt de retour en poste. Le tribunal administratif de Paris a suspendu mardi en référé, dans l’attente d’un jugement au fond, la révocation en novembre de l’infirmière de l’AP-HP qui avait refusé d’ôter son calot chirurgical. Son avocat, Lionel Crusoé, précise que «le tribunal a enjoint à l’AP-HP de réintégrer [sa] cliente dans un délai d’un mois».
Dans la foulée de la décision, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris s’est engagée à revoir la sanction. L’AP-HP indique dans un communiqué prendre «acte de la décision du tribunal administratif de Paris qui confirme la faute de l’agent et adaptera sa décision de sanction pour garantir sa proportionnalité par rapport à la faute constatée».
Discrimination
Le juge des référés a considéré que l’infirmière avait «commis une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire», mais qu’il pouvait y avoir une «absence de proportion» entre la faute commise et la sanction, selon son communiqué. La décision ne «vaut que jusqu’à l’intervention du jugement au fond», a indiqué le tribunal.
«Le tribunal pose un constat simple et sans appel : il n’est pas possible de prononcer une révocation contre une soignante pour le seul fait qu’elle revêtirait un couvre-chef», a déclaré à Libération Me Crusoé. Majdouline B. avait été révoquée de son poste à la Pitié-Salpêtrière et radiée de la fonction publique en novembre 2025, accusée de violer le principe de laïcité puis de contrevenir aux règles d’hygiène.
«Croisade de la direction»
Depuis un an, la direction lui reprochait de porter quotidiennement et en toutes circonstances un calot, équipement de protection en tissu, porté habituellement au bloc opératoire ou en réanimation. Au cours de l’année, elle avait fait l’objet de six convocations et d’un blâme, jusqu’à un conseil disciplinaire en octobre.
Selon son avocat, Majdouline B. n’a jamais revendiqué d’appartenance religieuse, indiquant simplement que le port de cet équipement relevait de «sa vie privée». De fait, l’AP-HP n’avait pas invoqué l’argument de la laïcité dans sa sanction. Elle avait mentionné le non-respect d’une «règle» qui «interdit de porter le calot de manière continue dans des zones ou il n’est pas prescrit», selon l’avocate de l’institution.
Le tribunal administratif de Paris avait examiné son recours le 23 décembre. A l’occasion de cette audience, un rassemblement s’était tenu devant les portes de l’institution judiciaire, où syndicalistes et soignants avaient multiplié les témoignages face à ce qu’ils qualifient de «dérive inquiétante». «Dans mon hôpital, on a recensé 20 collègues qui ont été victimes de cette chasse au bout de tissu depuis le début de l’année, dont 9 ne travaillent plus ici aujourd’hui. Ils sont partis, ont été sanctionnés, leur contrat n’a pas été renouvelé, directement à cause de cette croisade de la direction», avait dénoncé Blandine Chauvel, assistante sociale à la Pitié-Salpêtrière et représentante du syndicat Sud Santé, qui salue à l’annonce de la décision du tribunal une «victoire pour Majdouline, mais aussi pour toutes les collègues qui subissent la chasse misogyne et raciste à l’hôpital public, menée sous couvert de “laïcité”».




