«Nous sommes face à une défaillance majeure de l’État.» L’association pour la santé des enfants a annoncé, ce lundi 26 janvier dans un communiqué dont Libé a pris connaissance, le dépôt d’une procédure devant le tribunal administratif de Paris «afin de faire constater la carence grave de l’Etat» dans la gestion du scandale des laits infantiles contaminés. L’objectif de cette requête, dit le communiqué, est «d’obtenir, en urgence, des mesures administratives contraignantes» afin de protéger la santé des nourrissons, alors que deux enquêtes ont été ouvertes après la mort de bébés ayant consommé du lait infecté par une toxine, la céréulide.
«Un danger connu, documenté depuis des années, touche des produits destinés à des nourrissons et l’État choisit d’attendre, de temporiser, de communiquer plutôt que d’agir», dénonce Quentin Guillemain, président de l’association, qui déplore «une faute sanitaire». Le communiqué déplore l’absence de mesure de police sanitaire globale, alors même que les autorités étaient au courant de la contamination des laits infantiles. «Les retraits ont été tardifs, partiels et fragmentés, reposant presque exclusivement sur des initiatives industrielles, sans pilotage ferme de l’État ni contrôle exhaustif indépendant», précise l’association.
«Abandon de responsabilité.»
Tout a commencé à la fin du mois de décembre, lorsque Nestlé procède à des rappels de laits infantiles potentiellement contaminés dans plusieurs pays, dont la France. Le géant de l’alimentation est rapidement suivi par Danone puis Lactalis, à la mi-janvier, poussant les consommateurs à s’interroger et à s’inquiéter. La toxine, peu connue du grand public, peut provoquer des vomissements sévères et persistants, des diarrhées, des malaises ou des douleurs abdominales. Si ces symptômes sont largement bénins pour les adultes, ils peuvent entraîner des décès chez les tout-petits. La mort des deux nourrissons qui avaient consommé des laits faisant l’objet de rappels, a mis un coup de projecteur supplémentaire sur ce qui pourrait être un nouveau scandale sanitaire.
«Quand une toxine sans seuil de sécurité se retrouve dans des biberons, la seule réponse acceptable est le retrait immédiat et la suspension des productions», estime Quentin Guillemain. «À la place, l’État a laissé les industriels gérer le calendrier, décider des lots à retirer et rassurer à leur rythme. Ce n’est pas de la police sanitaire, c’est de l’abandon de responsabilité.» L’association dit recevoir depuis plusieurs jours «des signalements concordants de nourrissons hospitalisés après la consommation de laits concernés, présentant des symptômes compatibles avec une intoxication à la céréulide». De quoi caractériser une «urgence sanitaire maximale».
Par ce recours, l’association veut obliger l’Etat à mettre en place le retrait exhaustif des laits concernés, la suspension temporaire des chaînes de production ayant incorporé de la céréulide, ou encore l’interdiction de mise sur le marché des produits à risque. Elle réclame désormais «des actes, pas des promesses».




