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L’Ordre des infirmiers renforce son action contre les violences sexistes et sexuelles : «Ces comportements ne doivent plus être banalisés»

Un peu plus d’un an après une consultation nationale où la moitié des infirmières rapportaient être victimes de ces violences, leur Ordre lance ce 21 janvier une campagne pour les dénoncer et rappeler l’accompagnement dont peuvent bénéficier les victimes.

A l'hôpital de Pau, le 1er décembre 2025. (Quentin Top /Hans Lucas.AFP)
Publié le 21/01/2026 à 14h53

«Dès mes premiers stages, j’ai senti des mains qui ont commencé à dévier, des regards se poser quand je me penchais pour faire un soin.» Un témoignage d’infirmières, parmi les milliers d’autres récits de violences sexistes et sexuelles recueillis par leur Ordre. Une consultation nationale a révélé fin 2024 ce que d’autres prises de paroles, souvent anonymes, laissaient entrevoir : le milieu de la santé n’y fait pas exception, les violences sexistes et sexuelles y font système. Un peu plus d’un an après la publication de ces données, l’Ordre national des infirmiers (Oni) lance ce mercredi 21 janvier une campagne de communication nationale. Il a tenu une conférence de presse pour revenir sur ses actions, dont un partenariat signé avec la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences (Miprof).

Les établissements de santé, principaux lieux de violences

«Nous voulons briser le silence, stigmatiser les agresseurs. Ces comportements ne doivent plus être banalisés», insiste auprès de Libération Alain Desbouchages, président de l’Oni. Les chiffres de la consultation nationale de 2024 parlent d’eux-mêmes : la moitié des 21 000 des infirmières et infirmiers interrogés rapportaient des violences sexistes et sexuelles. Un quart de ces actes sont rapportés dès leurs études. Pour les libérales, ils se produisent surtout dans le huis clos du domicile des patients. Mais ce sont bien l’hôpital et autres établissements de santé qui sont cités comme principaux lieux de violences. Là-bas, les auteurs peuvent être des patients, des collègues, supérieurs… «Les réflexions inappropriées, dégradantes, ne sont plus entendables aujourd’hui, dénonce Alain Desbouchages. Ces propos sont les signes précurseurs d’une violence qui peut aller jusqu’à l’agression sexuelle».

Une donnée l’inquiète : 40 % des victimes ont déclaré n’avoir entrepris aucune démarche. L’Ordre assure travailler à réduire les manques. Grâce à la convention signée avec la Miprof, «136 référents violence ont été formés dans tous les départements». Ils sont chargés de contacter les victimes, les accompagner dans les démarches, par exemple physiquement lors d’un dépôt de plainte. L’Oni souhaite officialiser dans les prochains mois un partenariat avec l’association France Victimes pour poursuivre le soutien juridique, social et psychologique sur plus long terme.

Pour le volet sensibilisation, en plus de la formation professionnelle, «on souhaite qu’un module de repérage de ces violences soit mis en place dès la rentrée 2026» lors des études d’infirmières, précise le président de l’Oni.

Sévir du blâme à la radiation

Quant aux agresseurs, la loi Pradal, promulguée en juillet 2025, a alourdi les sanctions à l’encontre des auteurs de violences contre les soignants et permis aux établissements de santé et à l’Ordre de déposer plainte pour la victime. Au-delà de ces conséquences judiciaires, l’Oni demande qu’un droit de retrait soit mis en place pour qu’une infirmière libérale (normalement soumise à l’obligation de continuité des soins) agressée au domicile d’un patient puisse se retirer et que la charge de trouver un autre professionnel repose sur lui. «Nous avons une justice ordinale : si un soignant inscrit à l’Ordre est visé par un dépôt de plainte, on peut décider d’une sanction disciplinaire, du blâme à la radiation», ajoute Alain Desbouchages. Selon lui, aucun infirmier n’a pour le moment été radié sur un motif lié aux violences sexistes et sexuelles.

L’investissement de l’Oni a un autre enjeu : près de quatre victimes sur dix disent se sentir en insécurité au travail. 12 % ont changé de secteur. «Si ces professionnels en viennent demain à arrêter la profession, nous sommes tous perdants.»

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