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Décryptage

Symptômes, seuil, infection… Que sait-on de la céréulide, la toxine au cœur des rappels en série de laits infantiles ?

Nestlé, Lactalis et Danone… Plusieurs géants de l’agroalimentaire procèdent depuis fin décembre à des rappels de laits pour bébés, notamment en France, en raison de la présence de cette bactérie potentiellement dangereuse pour la santé.

La toxine Bacillus cereus est résistance à la chaleur, et n’est donc pas détruite par les traitements thermiques classiques, comme la stérilisation à haute température ou la préparation de biberon. (Riccardo Milani/Hans Lucas. AFP)
Publié le 21/01/2026 à 16h21, mis à jour le 02/02/2026 à 14h47

Cela a commencé fin décembre par Nestlé, puis Danone et Lactalis en janvier, et désormais les marques Popote et Babybio ce lundi 2 février : ces dernières semaines, plusieurs géants de l’alimentation ont annoncé procéder à des rappels de lait infantile potentiellement contaminés dans plusieurs pays, dont la France. Les marques Picot, Guigoz et Nidal sont touchées. En cause : la «présence potentielle» de «céréulide», substance d’origine bactérienne susceptible de provoquer diarrhées et vomissements, avec des complications parfois graves.

Libération fait le point sur les choses à savoir sur cette toxine.

Qu’est-ce que la toxine céréulide ?

La céréulide est une des toxines pouvant être produites par une bactérie pathogène largement présente dans l’environnement, et en particulier dans les sols. De son nom scientifique Bacillus cereus, elle peut également se retrouver dans des produits secs ou déshydratés : herbes aromatiques, légumes, riz, céréales, farines ou encore produits laitiers.

Mais tandis que «la plupart des variantes [de Bacillus cereus] ne présentent aucun risque pour la sécurité alimentaire», comme le décrit Nestlé sur son site, la toxine céréulide, qui se développe durant la croissance de la bactérie dans les aliments, est potentiellement dangereuse. A noter : cette toxine est résistance à la chaleur, et n’est donc pas détruite par les traitements thermiques classiques, comme la stérilisation du lait à haute température ou la préparation de biberon.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) souligne toutefois dans une note de 2021 que ces infections alimentaires restent très rares, et «représentent une minorité, généralement 1 % ou moins des isolats issus des aliments ou de l’environnement». Mais lorsque des troubles gastro-intestinaux sont détectés, la toxine céréulide arrive dans la liste des principales causes, «dans 15 % des cas», indique la même source.

Diarrhées, vomissements, malaises : quels symptômes ?

Selon l’Anses, la toxine céréulide est dite «émétique», c’est-à-dire qu’elle peut provoquer des vomissements sévères et persistants. La consommation d’aliments contaminés par le céréulide peut également entraîner — après une durée d’incubation de moins d’une heure à six heures après l’ingestion — des diarrhées, des malaises ou encore des douleurs abdominales. Ces symptômes s’estompent généralement dans les 24 heures suivant l’intoxication. Ces infections «sont relativement peu fréquentes» et largement bénignes, rassure le ministère de l’Agriculture.

Mais des formes plus graves «d’infections (septicémie, entérocolite nécrosante, hépatite fulminante, encéphalopathie, abcès cérébral) pouvant conduire à des décès ont été décrites chez des prématurés, des nouveau-nés, des jeunes adultes», note l’Anses, qui souligne cependant que «le lien avec la consommation d’aliment n’est pas démontré» pour ces cas.

Nathalie Goutaland, avocate spécialisée en droit de la sécurité alimentaire, a pour sa part assuré au micro de France Inter que «des cas mortels, notamment chez des nouveau-nés et de jeunes enfants, ont déjà été documentés». Des enquêtes judiciaires ont notamment été ouvertes fin janvier après les décès suspects de deux nourrissons ayant consommé du lait pour bébés Guigoz.

Les infections sont-elles courantes ?

Depuis quelques semaines, la toxine céréulide se retrouve au centre de l’actualité. Tout d’abord, il y a eu le cas Nestlé : le géant suisse de l’alimentation a lancé à la fin décembre un rappel volontaire de lots de laits infantiles de la marque Guigoz, notamment en France, suite à la détection du micro-organisme Bacillus cereus sur une ligne de production. La découverte fait suite à la détection d’un problème de qualité dans un ingrédient venant d’un de ses grands fournisseurs, qui a, selon le groupe, lancé une analyse approfondie. Le 5 janvier, un autre rappel volontaire et «préventif» de lots de laits infantiles Guigoz et Nidal est annoncé. Une soixantaine de pays sont concernés : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, l’Italie, la Suède, la Chine et les Etats-Unis.

La liste des produits rappelés s’était ensuite allongée durant plusieurs jours, déclenchant de vives critiques notamment de l’ONG Foodwatch qui avait reproché à Nestlé de communiquer «au compte-goutte» sur un produit «sensible».

Le 17 janvier, nouveau rappel de produits : l’agence alimentaire de Singapour (SFA) annonce dans un communiqué le rappel de laits infantiles Dumex, une marque de nutrition infantile rachetée en 2022 par Danone. Dans la foulée de cette annonce, le cours du géant agro-alimentaire chute à la Bourse de Paris. En réponse, le groupe assure auprès de Libération qu’il s’agit d’un «blocage seulement de quelques palettes n’ayant pas encore été mises en magasin, à titre de précaution». Et Danone de poursuivre : «L’ensemble des contrôles confirme que nos produits sont sûrs et pleinement conformes aux réglementations internationales et locales applicables».

Depuis le 21 janvier, le géant laitier Lactalis est lui aussi au cœur de la tourmente : le groupe a annoncé le lancement d’un vaste rappel de lait infantile en France et dans de nombreux pays à travers le monde dont la Chine, l’Australie et le Mexique.

Ce lundi 2 février, c’est au tour de la marque Popote d’annoncer le rappel de deux lait infantile 1er âge en France, tandis que Vitagermine (et sa marque Babybio) en a rappelé trois. En cause : l’annonce vendredi soir par le ministère de l’Agriculture de l’abaissement du seuil pour la toxine céréulide. Par cette mesure, la France anticipe les nouvelles recommandations scientifiques européennes attendues ce lundi, en retenant de son côté le seuil de 0,014 μg de céréulide par kilogramme de masse corporelle (contre 0,03 auparavant).

Plusieurs industriels mettent en cause un fournisseur d’ingrédient chinois, Cabio Biotech, qui produit une huile riche en oméga-6 — huile qui aurait été contaminée par des bactéries Bacillus cereus.

Mise à jour lundi 2 février avec le rappel de nouveaux laits et l’abaissement du seuil pour la toxine céréulide.

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