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Prise en charge du cancer du sein : de «nombreuses lacunes» à combler, pointe la Cour des comptes

Inégalités sociales et territoriales, reste à charge significatif, suivi post-cancer insuffisant : dans un rapport publié le 28 janvier, l’institution appelle à «une action publique vigoureuse» pour améliorer le traitement de la maladie et rendre accessibles tous les soins qui l’entourent.

L'accès inégal aux soins est particulièrement important dans les territoires d’outre-mer et en zone rurale. (Abdesslam Mirdass/AFP)
Publié le 29/01/2026 à 18h12

Il est détecté chez environ 61 000 personnes chaque année en France, et en tue 12 000 : le cancer du sein est le plus fréquent et le plus meurtrier pour les Françaises. Mais de «nombreuses lacunes» demeurent dans sa prise en charge, pointe la Cour des comptes dans un nouveau rapport publié le 28 janvier et présenté à la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, qui l’avait sollicité. Entre inégalités sociales et territoriales, reste à charge significatif et suivi post-cancer insuffisant, elle appelle à «une action publique vigoureuse».

Les magistrats financiers ont passé nombre d’auditions, visité une dizaine de centres de cancérologie, analysé un sondage en ligne auprès de femmes touchées ainsi que de multiples données pour dresser leur évaluation basée sur les années 2015-2025. Premier enseignement : le «coût important» de la prise en charge. Pour la Sécurité sociale, il représente près de 4,7 milliards d’euros en 2023, soit 65 % de plus qu’en 2015, ce qui est notamment lié aux dépenses de médicaments. Pour les patientes, le «reste à charge significatif», pour toute la durée de la prise en charge, s’élève à 1 549 euros en moyenne. Poussant «les plus démunies» à renoncer à des soins, comme les reconstructions mammaires.

Le coût n’est pas le seul problème soulevé. La Cour relève une «hétérogénéité des pratiques de dépistage et de suivi», des différences «territoriales et sociales d’accès aux soins», y compris pour les soins de support (c’est-à-dire les soins et soutiens psychologiques, de rééducation, de nutrition, de gestion de la douleur, au-delà du traitement de la maladie en elle-même). Cet accès inégal est particulièrement important dans les territoires d’outre-mer et en zone rurale.

Interdire certains dépassements d’honoraires

Le côté prévention pèche tout autant. Le moyen «le plus efficace» reste le dépistage organisé, intégralement pris en charge et proposé tous les deux ans aux femmes de 50 à 74 ans. Or il affiche un recours «insuffisant» et «en recul». Il est aussi «concurrencé» par un dépistage individuel, marqué par «des lacunes» (pas de seconde lecture) et rendu «coûteux» par les dépassements d’honoraires – qui entraînent même parfois des rendez-vous accélérés. «Des centres ne veulent pas rentrer dans le dépistage organisé, car le dépistage individuel est plus rémunérateur», a exposé le président de la 6e chambre de la Cour des comptes, Bernard Lejeune, longuement auditionné à l’Assemblée, ajoutant qu’«à un moment donné, il y a un problème de santé publique».

Face à des «inégalités de traitement inacceptables», la Cour suggère d’interdire les dépassements d’honoraires pour les mammographies et échographies associées à ce dépistage organisé et d’obliger tous les centres équipés à prendre en charge les patientes venant pour une mammographie dans ce cadre. Elle invite aussi à réfléchir au «ciblage» du dépistage organisé, peut-être en le démarrant plus tôt et en le modulant selon le niveau de risque de la patiente – certains pays européens ont abaissé l’âge à 40-45 ans. L’institution considère également que la France doit recourir davantage au numérique et à l’intelligence artificielle, en l’encadrant. «Certains pays couplent l’intelligence artificielle et la partie humaine, essentielle», a précisé Bernard Lejeune.

«Des séquelles lourdes et variées»

La Cour appelle aussi à renforcer la sécurité des patientes. Pour les magistrats, les chirurgies du cancer du sein doivent être réalisées dans un centre expert à gros volume d’activité, où le personnel est plus habitué à réaliser ces actes et donc plus aptes à parer aux éventuelles complications. Pour ce faire, ils suggèrent de relever le «seuil d’autorisation» : en clair, que seuls les établissements effectuant un minimum de 150 séjours de chirurgie du cancer du sein par an puissent réaliser ces opérations. Ce qui impliquerait potentiellement de se déplacer plus loin pour les patientes vivant en dehors des grandes villes. En revanche, elles pourraient continuer de se rendre dans des établissements plus petits et donc proches de chez elles pour les soins qui nécessitent moins d’expertise mais sont plus réguliers, comme les chimiothérapies et radiothérapies.

Quant à l’après-cancer, «des séquelles lourdes et variées persistent pour une large proportion de femmes traitées», note la Cour. Les magistrats préconisent de faciliter l’accès aux soins de support, en particulier l’activité physique adaptée, et de rendre obligatoire dès 2027 l’élaboration d’un programme personnalisé d’après-cancer en établissements de santé. «Si plusieurs dispositifs constituent des avancées, leur déploiement demeure inachevé, marqué par une mise en œuvre hétérogène», résume le rapport. Preuve en est qu’un an après l’adoption à l’unanimité au Parlement de la loi d’initiative communiste prévoyant certaines prises en charge intégrales (renouvellement des prothèses mammaires, sous-vêtements adaptés…), aucun texte d’application n’a été signé.

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