Les salariés des banques et des assurances sont en grande souffrance psychique au travail, davantage que l’ensemble des autres secteurs d’activité. Cette conclusion n’émane pas cette fois d’enquêtes syndicales, mais de Santé publique France (SPF), dans une étude publiée jeudi 19 février. Conduite entre 2009 et 2023, elle met notamment en avant la plus grande proportion de importante de cadres, davantage sujets à ces souffrances.
Comment expliquer cette plus grande détresse ? Les scientifiques mettent surtout en cause les «contraintes organisationnelles et managériales», notamment la charge de travail et les «dysfonctionnements» dans les demandes de leur hiérarchie. «Ce constat pourrait s’expliquer par une organisation du travail basée sur des performances individuelles comme des objectifs de ventes», soulèvent les chercheurs de l’Agence nationale de santé publique.
Selon leurs données, les 35-44 ans et 45-54 ans sont les plus touchés par rapport aux autres secteurs. Les plus de 55 ans le sont un peu moins : «à ce stade de leur carrière», ils «occupent souvent des postes qualifiés et ont acquis une expérience et une stabilité professionnelle pouvant réduire la pression liée aux objectifs pesant sur les plus jeunes», avance l’étude, tout en restant prudents dans ces pistes d’explications. Ces salariés plus âgés «pourraient adopter une attitude plus détachée face au stress professionnel particulièrement présent dans ce secteur» et «seraient plus autonomes dans leur emploi que leurs cadets, or l’autonomie au travail serait associée à une bonne santé mentale.»
Troubles dépressifs et burn-out
Le décalage par rapport à la moyenne nationale se voit aussi bien chez les femmes que chez les hommes, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle (employé, cadre…). Ainsi 5,6 % des salariées dans la banque et l’assurance présentent une souffrance psychique en lien avec le travail, contre 4,2 % en moyenne dans l’ensemble des autres secteurs. Elles souffrent le plus souvent de troubles dépressifs et de burn-out. Pour leurs collègues masculins, la part en souffrance est plus basse (3,7 %) mais toujours plus importante qu’ailleurs (2 %).
Pour les chercheurs, il faut interroger «la place des relations au travail et violences selon le sexe» et «des relations délétères avec la hiérarchie ou les collègues» dans le secteur bancaire, puisque «les femmes de ce secteur [sont] deux fois plus exposées que les hommes».
Plus globalement, «ces résultats plaident en faveur d’une meilleure gestion des contraintes organisationnelles et managériales identifiées afin de limiter leur impact sur la santé mentale de ces salariés», préconise Santé publique France.
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Force est de constater que la Fédération bancaire française ne compte pas suivre scrupuleusement ces recommandations. Elle «conteste fermement l’étude de Santé publique France», a-t-elle réagi dans un commentaire transmis à l’AFP. L’organisation patronale fait valoir que «des études plus récentes, menées en 2025 et 2026, montrent que le secteur a le plus fort taux d’entreprises ayant déjà engagé des mesures de prévention en santé mentale et que la situation s’améliore nettement à l’horizon 2026».
Mais une autre étude, elle aussi plus récente, va plutôt dans le sens de Santé publique France. Publiée début janvier par le syndicat SNB, elle a présenté des «constats alarmants pour la santé des salariés du secteur bancaire» dans son ensemble. Parmi eux, les répondants de la Société Générale présentaient les résultats les plus dégradés.




