La psychanalyse n’est pas recommandée face à l’autisme. La Haute autorité de santé l’affirme désormais clairement, tranchant un débat de longue date qui oppose notamment les associations de familles à nombre de psychiatres et psychologues.
L’approche psychanalytique est «non recommandée» dans la prise en charge de l’autisme car elle ne dispose que «d’un niveau de preuve insuffisant», estime cette autorité indépendante, dont les avis servent de référence dans plusieurs politiques de santé en France.
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Publiées jeudi, ces nouvelles recommandations étaient très attendues par les familles et les soignants. Depuis 2012, la HAS n’avait pas effectué de publication majeure sur l’autisme. Ce trouble, qui touche entre 1 % et 2 % de la population, regroupe des situations très variées, ayant en commun des difficultés d’appréhension des relations sociales ainsi qu’une tendance à des comportements obsessionnels.
Les nouvelles recommandations vont bien au-delà du seul volet thérapeutique, appelant à une prise en compte à l’échelle de toute la société. La HAS insiste ainsi sur la nécessité d’impliquer activement et immédiatement les familles, ou de donner un rôle central à l’école.
Polémique
Si ces volets sont largement consensuels, c’est sur l’aspect thérapeutique que les termes de la HAS sont guettés par les familles et soignants. De fait, une polémique, particulièrement vive depuis le début des années 2010, oppose les principales associations à une partie des psychologues et psychiatres sur la place à donner à la psychanalyse face à l’autisme et à d’autres troubles du développement.
Les associations demandent très largement d’exclure la psychanalyse, jugeant sa place excessive dans la pratique des psychologues en France au vu d’une inadéquation profonde aux troubles autistiques et, plus largement, de son absence de bénéfices avérés.
En revanche, un grand nombre d’organisations de psychologues et de psychiatres se refusent à une condamnation en bloc. Ils insistent sur la difficulté d’évaluer scientifiquement les psychothérapies et jugent essentiel que les soignants gardent la possibilité d’approches multiples.
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Si la psychanalyse a perdu de son aura chez les psychiatres, elle demeure en effet enseignée dans de nombreux cursus de psychologie. Et les approches psychanalytiques restent courantes au sein d’institutions centrées sur l’enfance, en premier lieu les centres médico-psychologiques (CMP).
La HAS avait déjà penché vers le premier camp en 2012 en mettant en cause la pertinence des approches psychanalytiques face à l’autisme. Elle les jugeait alors «non consensuelles», sans refuser explicitement de les recommander. C’est désormais le cas. «Une avancée qui clarifie les choses», estime Danièle Langlois, présidente d’Autisme France, qui représente plusieurs milliers de familles.
Les familles «se retrouvent majoritairement face à des professionnels qui ont été imbibés de psychanalyse» ; chez les soignants comme les travailleurs sociaux, regrette cette spécialiste, membre du groupe de pilotage de la HAS sur ces recommandations de bonnes pratiques.
Approches comportementales
La HAS préconise plutôt des approches dites comportementales et développementales, qui incitent à la valorisation des comportements adaptés pour les premières et à l’interaction par le jeu pour les deuxièmes. Elle insiste sur la nécessité de les engager au plus tôt chez les enfants dès qu’un trouble autistique est soupçonné, puis de les personnaliser au plus près de situations extrêmement variables d’un patient à l’autre.
«Il n’y a pas une réponse unique, universelle, une méthode qui serait la même pour toutes les personnes qui ont un diagnostic d’autisme», a insisté, lors d’une conférence de presse, la psychiatre Amaria Baghdadli, co-présidente du groupe de travail de l’autorité.
Reportage
Au-delà du contenu des recommandations, un débat pointe : faut-il les rendre contraignantes - et exclure de fait la psychanalyse ? Le président de la HAS lui-même, le Pr Lionel Collet, a régulièrement suggéré ces derniers mois de les rendre juridiquement «opposables», irritant plusieurs organisations de psychologues. Ce serait «un véritable danger déniant la reconnaissance de la complexité humaine, qui nécessite des approches plurielles», avaient affirmé à l’automne ces organisations - dont la Fédération française de psychiatrie (FFP) ou le Syndicat national des psychologues (SNP) -, s’alarmant d’«une psychologie et une psychiatrie d’Etat».
Lionel Collet a réitéré sa position jeudi, jugeant une forme de contrainte justifiée par le risque pour les enfants autistes d’une «perte de chance si les approches recommandées ne sont pas mises en œuvre». Toutefois, a-t-il admis, «cette opposabilité ne dépend pas de la HAS mais d’une mise en œuvre législative», en renvoyant la responsabilité aux politiques. Et, a assuré ce professeur, il ne s’agit pas de prôner une «interdiction» de la psychanalyse.




