Absence de prise en compte de la douleur, absence de recueil du consentement… Deux mois après leur accouchement, les femmes ayant vécu un tel épisode présentaient un risque supérieur de 37 % d’être atteintes de dépression post-partum comparé à celles ayant témoigné de «soins respectueux» à leur égard. C’est ce qu’affirme une étude scientifique publiée dans la revue d’obstétrique et gynécologie BJOG. Réalisée par des chercheuses de l’Inserm et l’AP-HP, l’université Paris Cité, l’Inrae et l’université Sorbonne Paris-Nord, elle est la première d’ampleur en France à se pencher sur le sujet.
Ces travaux, menés en collaboration avec Santé publique France (SPF) et le Collectif interassociatif autour de la naissance pointent une «association entre soins irrespectueux subis pendant le travail, l’accouchement ou le séjour en maternité et symptômes de dépression du postpartum deux mois plus tard a été observée, y compris parmi les femmes ayant un faible risque psychique préexistant ou un bas risque médical», précise Marianne Jacques, première autrice et sage-femme.
«Déshumanisation»
Ces conclusions se basent sur les réponses à un questionnaire de 7 189 femmes de France métropolitaine ayant accouché pendant une semaine du mois de mars 2021, interrogées deux mois plus tard. Bilan, 16,6 % d’entre elles présentaient des symptômes de dépression post-partum. En parallèle, parmi les sondées, 24,9 %, soit une sur quatre, ont rapporté avoir subi des «soins de maternité irrespectueux». Elles racontent avoir été «blessées, choquées ou mises mal à l’aise» par des «paroles, gestes ou comportements de soignants», précise encore Marianne Jacques.
L’accouchement étant une période de vulnérabilité particulière pour la santé mentale des femmes, des gestes ou paroles déplacés peuvent causer un «stress aigu» et des «sentiments de déshumanisation, de dévalorisation, de perte de confiance en soi» favorisant la survenue de la dépression, décrit-elle.
Entretien
Ainsi les femmes à risque élevé de dépression post-partum – en raison d’antécédents psychologiques, psychiatriques, de symptômes dépressifs prénataux… – doivent faire l’objet d’une attention particulière et d’un dépistage systématique, souligne l’étude. Mais l’expérience de celles dépourvues de ces vulnérabilités doit aussi être explorée systématiquement.
Limiter les risques
Si la dépression post-partum est une maladie «très multifactorielle, dont peu de facteurs sont modifiables car liés à l’histoire de vie des femmes : expériences stressantes, précarité…» explique Marianne Jacques, «garantir des soins de maternité respectueux» permet d’agir sur son incidence. Et si des soins de qualité «doivent limiter les risques de morbidité et de mortalité maternelles et fœtales à court terme», ceux à long terme doivent eux aussi être évalués.
Pour que les soins respectueux en maternité soient la norme, la formation des soignants doit inclure les compétences relationnelles, souligne l’étude, et des ressources adéquates (équipes stables, charge de travail raisonnable) être allouées.
L’équipe admet une limite à l’étude : elle porte sur la période de la pandémie de Covid-19, où la détérioration de la santé mentale de la population a pu jouer sur le taux de dépression post-partum observé. Et certaines femmes ont pu juger «irrespectueuses» des mesures sanitaires prises à l’époque, comme la restriction des visites ou le port du masque obligatoire. Mais rien n’indique, souligne Marianne Jacques, que ces facteurs aient influencé l’association entre soins de maternité irrespectueux et symptômes de dépression post-partum.




