Menu
Libération
Justice

TikTok, un réseau social sous pression des tribunaux

Plusieurs procédures sont en cours à l’encontre du réseau social chinois, accusé notamment par un recours collectif de provocation au suicide et non assistance à personnes en péril.

Si tous les principaux réseaux sociaux sont visés, c’est bien autour de TikTok que la pression politico-judiciaire s’accentue ces derniers mois. (Dado Ruvic/Reuters)
Publié le 16/01/2026 à 18h31

De tous les réseaux sociaux, TikTok est le plus fréquemment pointé du doigt. En cause notamment : son lien présumé avec le régime chinois, son laxisme quand il s’agit de modérer du contenu problématique, son emprise présumée sur le public jeune mais surtout la nocivité de son algorithme, accusé par Amnesty International dans un rapport publié en octobre de rendre captif ses utilisateurs. Si tous les principaux réseaux sociaux (Meta, Snapchat, X, Youtube, Reddit…) sont visés par le projet et la proposition de loi d’en interdire l’accès aux mineurs, c’est bien autour de la plateforme chinoise que la pression politico-judiciaire s’accentue ces derniers mois.

En novembre, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire après un signalement du député PS Arthur Delaporte, président de la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok. «Le député a saisi la justice de divers éléments relevés par cette commission d’enquête, dénonçant notamment ce qui était considéré comme une modération insuffisante de TikTok, sa facilité d’accès par des mineurs, son algorithme élaboré susceptible de pousser les personnes vulnérables vers le suicide», a précisé la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Paris, Laure Beccuau, dans un communiqué de presse. L’enquête, confiée à la Brigade de lutte contre la cybercriminalité, doit permettre de déterminer ou non la responsabilité de TikTok, notamment en matière de «propagande en faveur de produit, objet ou méthode préconisés comme moyens de se donner la mort». Elle expose les dirigeants de la plateforme à des peines pouvant aller jusqu’à dix ans de prison et plusieurs centaines de milliers d’euros d’amende.

Premières audiences dans l’année

Sept familles – dont quatre témoignent dans Libération – ont par ailleurs assigné TikTok en justice fin 2024 dans un recours collectif pour faire reconnaître la responsabilité de l’entreprise dans la dégradation de l’état de santé de leurs enfants. «Avant cela, on était sur un impensé. Il était difficile de concevoir qu’une entreprise se développe commercialement en proposant un outil hautement addictif qui nuit à la santé de ses utilisateurs par la libre circulation des contenus morbides. Plusieurs familles sont venues vers moi avec les mêmes problématiques, notamment des parents qui ont vécu l’indicible. Peu à peu, l’idée d’une action collective a émergé», détaille leur avocate Me Laure Boutron-Marmion. Les premières audiences doivent intervenir dans le courant de l’année.

Emmanuelle P., qui témoigne dans nos colonnes, est la dernière en date à avoir porté plainte contre la plateforme chinoise en septembre, par l’intermédiaire de son avocat Me Pierre Debuisson, après le décès de son fils Clément.

Hors de nos frontières, TikTok est aussi attaqué pour des raisons similaires notamment aux Etats-Unis, où une plainte a été déposée par le ministère de la Justice en 2024 et où la plateforme doit depuis faire face selon le New York Times à un «déluge de procès». Plusieurs procédures ont été lancées par des familles depuis 2022 pour des faits similaires à ceux dénoncés en France et amènent la société civile à se questionner quant aux mesures qui doivent être prises pour protéger la santé mentale des jeunes.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique