
Voyage en territoires stupéfiants : à Gap, loin de la guerre des réseaux, la bataille contre l’addiction
«Libé» sur les routes du narcotrafic
L’enchaînement de séquences est tristement classique. Une mort à Marseille, celle de Mehdi Kessaci, qui oblige à regarder le problème en face, des ministres – surtout ceux de l'Intérieur et de la Justice – dépêchés en urgence, une grosse opération coup de poing de la police, avec interpellations et saisies de produits. Et cette fois en prime, une visite présidentielle, probablement mardi 16 décembre, pour marteler que l’Etat mène «la guerre» contre le narcotrafic. D'ailleurs, on ne dit plus trafic de drogue : en vingt ans de lutte, c’est surtout le vocabulaire qui a changé. Place nette XXL, DZ mafia, narcoville... «Libé» a voulu s'éloigner de l'épicentre médiatique marseillais pour se confronter à d'autres réalités du trafic de drogue, ces territoires voisins où les réseaux gagnent du terrain, de façon plus ou moins confidentielle, plus ou moins violente. Sur la route, des villes moyennes, un petit village, des montagnes presque enneigées, et surtout des acteurs de terrain, maires volontaires, policiers de proximité, avocats en détresse, consommateurs ordinaires… Voyage en territoires stupéfiants.
Arthur (1) compte ses victoires. Sur l’alcool, il y a trois ans. Sur la cocaïne, qui lui a valu une cure de sevrage, il y a un mois et demi. Surtout, sur lui-même. «Ça fait des années que j’en ai ras le bol. Ras le bol d’y penser tout le temps, ras le bol des potes de défonce, d’être dans l’illégalité, de faire souffrir mes proches», soupire le quinquagénaire avec douceur, les yeux bas, sa silhouette longiligne un peu voûtée sur le fauteuil. C’est déjà un ras-le-bol, doublé d’une injonction de soins par la justice après une interpellation, qui lui a fait pousser, il y a huit ans, la porte du Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologies (Csapa) de Gap (Hautes-Alpes).
Dans une rue commerçante du centre-ville de la capitale des Hautes-Alpes, l’entrée, en retrait du trottoir, préserve la discrétion jusqu’au dernier pas. A l’étage, un hall chaleureux, où ce lundi 8 décembre, le Noël imminent se limite aux papillotes sur la table. Pas de guirlandes aux murs, occupés par des affiches de prévention : «Avec le cannabis, on peut vite être dépassé.» «T’as trop consommé, rentre en poney !»
Créés en 2002, les quelque 500 Csapa de France – dont celui de Gap, géré par l’association Addictions France –, proposent une approche pluridisciplinaire, médicale et sociale, pour accompagner les usagers de drogue, légales ou non, vers un arrêt de la consommation. «Usager, ça fait “usé”. Je préfère dire “personne accompagnée”», sug