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A Anduze (Gard), le 3 décembre 2025.A Anduze (Gard), le 3 décembre 2025. (Patrick Gherdoussi/Libération)
Reportage

Voyage en territoires stupéfiants : dans les Cévennes, face au «trafic des champs», une maire attentive

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Pour le troisième épisode de notre série sur les routes du narcotrafic, «Libération» s’est rendu à Anduze dans les Cévennes. Dans ce village aux bâtisses en pierre, le trafic se fait plus discret, sur les chemins de vigne, mais la tentaculaire DZ mafia n’est pas très loin.
ParStéphanie Harounyan
envoyée spéciale à Anduze (Gard)
publié le 13 décembre 2025 à 8h58

«Libé» sur les routes du narcotrafic

L’enchaînement de séquences est tristement classique. Une mort à Marseille, celle de Mehdi Kessaci, qui oblige à regarder le problème en face, des ministres – surtout ceux de l'Intérieur et de la Justice – dépêchés en urgence, une grosse opération coup de poing de la police, avec interpellations et saisies de produits. Et cette fois en prime, une visite présidentielle, probablement mardi 16 décembre, pour marteler que l’Etat mène «la guerre» contre le narcotrafic. D'ailleurs, on ne dit plus trafic de drogue : en vingt ans de lutte, c’est surtout le vocabulaire qui a changé. Place nette XXL, DZ mafia, narcoville... «Libé» a voulu s'éloigner de l'épicentre médiatique marseillais pour se confronter à d'autres réalités du trafic de drogue, ces territoires voisins où les réseaux gagnent du terrain, de façon plus ou moins confidentielle, plus ou moins violente. Sur la route, des villes moyennes, un petit village, des montagnes presque enneigées, et surtout des acteurs de terrain, maires volontaires, policiers de proximité, avocats en détresse, consommateurs ordinaires… Voyage en territoires stupéfiants.

Alès (Gard) s’éloigne dans le rétroviseur. Partout devant, le vert dense du massif des Cévennes cède rarement le décor à de discrètes bâtisses en pierres, plus souvent à des champs. Quinze kilomètres plus loin, au bord du Gardon, coulant à peine entre les galets, Anduze (Gard) s’est fait une place avec vue sur les magistrales falaises de calcaire, classées Natura 2000. Un appât à touristes en été, un mur préservant, l’hiver, l’intimité des quelque 3 300 habitants de la commune. Hors saison, comme ce mercredi de novembre glacial, les étrangers ne se bousculent pas devant «la porte des Cévennes», le surnom du village.

L’hôtel de ville jouxte la façade austère d’un temple protestant, «le plus grand de France», vante l’attente téléphonique de la mairie. Sur leur parvis commun, le 22 novembre, la maire divers gauche Geneviève Blanc a organisé un «moment symbolique» en hommage à Mehdi Kessaci, assassiné quelques jours plus tôt, et pour «faire écho au cri de révolte» de

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