Mont-de-Marsan, envoyé spécial
La chose, un petit sifflement collectif comme l'haleine de la curiosité, a commencé à chuinter lundi vers 19h30 de la hauteur accablée des gradins du soleil, alors que Ponce se faisait abondamment suer le burnous pour tenter de tirer des passes de Guantero, toro d'El Pilar, laid, faible, sans garrot, sans charges, épointé. Les sifflets venus de ce que la langue espagnole appelle merveilleusement bien la andanada, c'est rien mais ça avance, se sont élevés de la torpeur mais avec la légèreté modulée d'une sonatine dicrètement protestataire pendant que Ponce maudissait son toro entre les dents: «Quelle merde!» On a vite perçu qu'on n'avait pas affaire à du Mozart caramélisé par la canicule, mais à la fameuse et immortelle scie médico-légale Ah! c'qu'on s'emmerde ici!, extraite comme on sait de Sieste dans les jardins d'Espagne.
Le public de Mont-de-Marsan, lundi, a poussé la tolérance assez loin. D'autres que lui auraient depuis longtemps invectivé avec moins de bonhomie les responsables de ce lamentable défilé de toros faibles, infirmes, dépareillés, dont on peut largement soupçonner que les cornes avaient été non moins largement manipulées. Elles éclataient en pinceau au premier choc. Sauf Potajero, le dernier, très frisé, plus en jambes, une corne en haut l'autre en bas, les toros d'El Pilar, ganaderia de Moïse Fraile, qui ont pesé 570 kilos de moyenne, promis juré, n'ont jamais eu les moyens physiques d'une honnête bravoure, où perce même sous




