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Libération

Tir à la corde, pétanque, joute nautique, long board, quilles: cinq champions de sports régionaux racontent leur discipline. Jacques Noguet, le chevalier du canal

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Publié le 27/07/1995 à 6h47

A Sète, sa victoire dans les joutes de la Saint-Louis est devenue

une légende.

Sète, envoyé spécial Il est resté droit sur la tintaine, moustache en avant. Il a levé les bras et laissé tomber ses armes à l'eau, la lance comme le pavois de bois blanc. Tandis que dix mille voix n'en faisaient qu'une et scandaient son nom, en cette fin d'après-midi d'août. «Noguet, Noguet, Noguet»... Le «cadre royal», un bout de canal sétois compris entre les ponts de la Civette et de la Savonnerie, devient alors le terrain liquide de son sacre. Cinq ans après, enfin, le trophée de la Saint-Louis revient en ville. Par la grâce de Jacques Noguet, jouteur poids lourd.

Il faut l'entendre, un an plus tard, raconter les souvenirs noyés dans le bonheur collectif et la fête qui s'ensuivit. La finale de la Saint-Louis, il la revoit sans cesse. Lui sur la barque rouge, Jacques Castillazuello, l'«étranger» de Frontignan, sur la bleue. Les deux embarcations qui glissent l'une vers l'autre, la scie aigre et lancinante des hautbois et des tambours à la proue des bateaux, les rameurs qui lâchent l'aviron, le choc des francs-bords et l'impact terrible des épures, ces tridents d'acier qui terminent la longue pique de bois et lacèrent parfois les visages quand ils manquent leur cible ou glissent des pavois. Comme d'habitude, Noguet a jouté «à la lance», fidèle à ce style spectaculaire un peu en désuétude. Adepte du «ça passe ou ça casse»; «J'avance et je pousse, mais s'il me cueille au moment où ma jambe est en l'

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