La vie reprend ses droits. Si le cliché n'était horrible, il
traduirait pourtant la manière dont, en Israël, la rencontre de ce soir est attendue. Déjà, les deux principaux journaux populaires du pays, Yédioth Ahronoth et Maariv (populaires, c'est-à-dire lus autant par les supporters lumpen du Bétar de Jérusalem que par les tenants huppés du Maccabi Tel-Aviv), consacrent pres-que autant de pages à la «revanche» de la rencontre du Parc des Princes, en 1993, qu'aux suites de l'assassinat de Yitzhak Rabin. Neuf pour le premier et sept pour le second, dans leurs éditions d'hier, et encore plus aujourd'hui.
D'abord une photo, la même depuis plusieurs jours. Celle de l'équipe nationale recueillie devant la tombe du Premier ministre assassiné. Publiée à plusieurs reprises comme une sorte de leitmotiv, elle marque les bornes de l'événement. Eyal Berkowitz, l'exécuteur des espérances françaises avant la World Cup, peut bien plastronner «Mon but le plus important? Celui que je marquerai à Caen!» , Shlomo Sharf, l'entraîneur national tempère: «Personne n'a la tête au foot, en ce moment, en Israël.» Au mieux s'est-il laissé allé à confier: «Donnez-moi Ginola et Cantona, et alors seulement pourrais-je envisager de gagner.» «Profil bas», titre Maariv. C'est bien le moins dans un pays où la passion du foot est d'habitude tumultueuse.
Si le coeur n'y est pas, nul doute que tout Israël sera devant son poste. Emmanuel, émigré de France à Jérusalem, il y a six ans, ne manquera pas l'occasion




