Près de trois mois après la mort de Benoît Chamoux et Pierre Royer
au Kangchenjunga (8 586 mètres), les témoignages de nombreux alpinistes présents sur les pentes du troisième sommet du globe permettent de reconstituer leurs dernières journées. Jeudi 5 octobre: premier acte, premier drame Il est 9h30, les premiers rayons de soleil viennent de frapper le couloir de neige raide sous le sommet du Kangchenjunga. A 8 100 mètres d'altitude, Benoît Chamoux et Pierre Royer sont à la peine. Partis le matin à 2 heures du camp IV avec Erhard Loretan et Jean Troillet, ils n'ont pas réussi à suivre le rythme des deux «avions» suisses, très en forme, qui ont disparu au-dessus d'eux.
L'alpiniste savoyard, avec son cameraman et trois sherpas, continue mécaniquement sa montée dans l'oxygène rare. Benoît Chamoux est fatigué. Ces cinq derniers mois, à peine redescendu du Makalu, son treizième 8 000, il a couru Paris pour boucler le budget de son expédition. Les sponsors n'ont plus la générosité de Bull dans les années fastes, cette quête l'a usé nerveusement et éloigné des montagnes. Mais ce n'est pas un jour à écouter sa fatigue, à s'inquiéter de sa lenteur. Après trois semaines d'inaction, bloqué au camp de base sous la neige, le sommet est enfin à sa portée. Aujourd'hui...
Il est 9h30. D'un seul coup, Benoît Chamoux et Pierre Royer se sont retrouvés seuls. Rikou, l'un des trois sherpas, s'est assis dans la pente. Altitude, fatigue, il a glissé sans pouvoir enrayer sa chute. Aussitôt Tillen




