Dans l'Himalaya, les choses sérieuses se passent de plus en plus
souvent de nuit: depuis qu'une génération inspirée par Reinhold Messner et emmenée par le Suisse Erhard Loretan se mesure aux sommets de plus de 8.000 en des assauts éclairs, mangeant, buvant et dormant peu, refusant par éthique l'emploi de l'oxygène. Bref, grimpant sans s'arrêter sauf le jour, lorsque la température est plus clémente du camp de base au camp de base... en passant si possible par le sommet.
L'alpiniste gapençais Jean-Christophe Lafaille, qui est à 31 ans l'un des brillants représentants de cette génération, n'a pas failli à cette nouvelle tradition: c'est en pleine nuit, vers 3h30 du matin, le 31 juillet, qu'il s'est dressé au sommet du Gasherbrum I (ou Hidden Peak), après une ascension solitaire de la difficile face nord-ouest. Piment supplémentaire de cette belle ascension: trois jours auparavant, il avait gravi le Gasherbrum II (8.035 m), toujours en solitaire et sur un tempo allegro vivace: onze heures et vingt minutes depuis le camp de base.
Résultat? GI + GII = 4 jours, soit le plus rapide enchaînement de deux 8.000 réalisé à ce jour en solitaire (1). Jean-Christophe Lafaille, arrivé hier à Paris avec la nouvelle de son succès dans ses bagages, revient sur cet instant: «Ce fut violent, très court. J'avais super froid aux pieds et aux mains; le vent avait rendu les dernières heures d'ascension pénibles, j'étais très diminué physiquement, ayant passé près de quatre jours à plus de 6.000 mèt




