La Rochelle envoyé spécial
Accrochée derrière le bureau, une huile de Gildas Flahault, le peintre des quêteurs d'océan et des tourments marins. Un pioupiou, attablé, avachi plutôt, sur une table de bistrot, un verre en équilibre précaire, la tête entre les bras croisés. Question du propriétaire de l'oeuvre: «Est-ce qu'il est triste parce qu'il va partir, ou est-ce qu'il pleure parce qu'il ne va pas partir?» Marc Pinta, constructeur de bateaux, est ainsi. En proie aux doutes, aux interrogations, à l'introspection même dans ce grand monde de la voile où les états dépressionnaires ne sont pas uniquement des phénomènes météo. Et ce n'est pas le débat avec l'artiste breton, de passage au chantier de La Rochelle, qui lui fournira les éléments de réponse nécessaires à sa question. Marc Pinta, le sourire doux, la boucle grisonnante, l'oeil pétillant derrière les montures cerclées de rouge, est un inquiet, un angoissé. C'est la fonction qui veut ça. Construire des bateaux sans faille pour des solitaires, bâtir des navires dont la robustesse serait garante des retours au port. «Il est capable de se lever la nuit pour voir comment cuit le bateau», disait Isabelle Autissier, l'été dernier. Plus que ça même, précise le perfectionniste. Qui fouine dans un de ses grands cahiers, sur lesquels entre livre de bord et brouillon de textes, il raconte des bribes de vie, des souvenirs, des rencontres. «Aujourd'hui, cuisson du pont. Isabelle va y passer des nuits et moi je commence les miennes.» Ci




